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Jacques Tati, révolutionnaire cocasse

Jacques Tati, révolutionnaire cocasse

Il aurait sans doute fait une drôle de bobine. Lui, se faire mettre en boîte ? Imaginez un peu sa tête : tout son cinéma dans un coffret. Mais, tout de même, quelle bonne idée ! Cinéphiles avertis, vous allez enfin avoir tout l’oeuvre de Jacques Tati sous la main. Novices, vous ne savez pas encore quel va être votre plaisir ; celui de découvrir un univers burlesque, touchant et visionnaire.

Le cinéma de Jacques Tati semble un art de l’enfance. L’enfance de l’art, pour ce fils d’une famille bourgeoise, né au Pecq le 9 octobre 1907 et n’aimant pas l’école, ce sera le sport et le music-hall. D’origine franco-russo-néerlando-italienne, Jacques Taticheff est le petit fils d’un général russe, attaché militaire à l’ambassade de Paris. Ses parents ont une belle boutique d’encadreur. Le décor est posé. Le jeune homme collectionne les notes médiocres en classe mais glane ses lauriers sur le stade. Tennis et équitation lui ouvrent les portes du Racing Club de France. A Londres, il découvre le rugby et dès son retour en France s’y adonne. Le capitaine de l’équipe du Racing est Alfred Sauvy. Dans les tribunes, Tristan Bernard ne rate pas un match. Premier public de choix. Jacques est le roi de la troisième mi-temps : dans les vestiaires il passe son temps à faire rire ses camarades en caricaturant, en de joyeuses pantomimes, sportifs, entraîneurs, supporter.

« Tati » est enrôlé pour la revue annuelle du club. En 1935, il joue pour le gala du quotidien Le Journal, en l’honneur du record de la traversée de l’Atlantique par le paquebot Normandie. Tati invente un personnage loufoque et gaffeur de passager de deuxième classe faisant des ravages sur le pont promenade. Parmi les spectateurs, Colette. Le commentaire élogieux qu’elle écrit sur le comédien en herbe est remarqué et Jacques Tati est engagé au Théâtre-Michel puis, en 1936, à l’ABC, le plus en vue des music-halls parisiens. Plus question de devenir encadreur. En 1932, il commence le cinéma en jouant dans « Oscar, champion de tennis » de Jack Forrester. Après quelques films mineurs, il tourne sous la direction de René Clément dans « Soigne ton gauche ». L’un des personnages est un facteur. L’imaginaire de Tati s’en nourrira.

Car, après la guerre, ce franc-tireur du cinéma recommence à travailler comme acteur. Pressenti comme substitut de Jean-Louis Barrault pour Les Enfants du paradis, il joue le rôle du fantôme dans Sylvie et le Fantôme de Claude Autant-Lara, et apparaît aussi dans Le Diable au corps. En 1946, Tati demande à René Clément de réaliser un court-métrage qu’il vient d’écrire, intitulé « L’Ecole des facteurs ». Le grand réalisateur est alors trop occupé par son film La Bataille du rail, et Tati passe lui-même derrière la camera. Moteur, ça tourne…

C’est par ce premier essai de pure poésie burlesque sur celluloïd que s’ouvre le coffret des sept DVD retraçant toute l’oeuvre filmée de Jacques Tati, édité par Studio Canal.

Silhouette oblongue avec sa pipe au bec, Tati est habile à jouer les maladroits, croque sans mots les travers du modernisme. Il y a du Buster Keaton dans tout çà. Peu ou pas de dialogues. Comme Jean-Luc Godard ou Robert Bresson, il ne prend pas au sérieux le cinéma parlant et met en place ce que l’on peut considérer comme un cinéma muet sonore. François Truffaut s’en agacera plus d’une fois. Mais, à quoi bon ? Quand tout est bruit autour de nous, Tati joue sa partition. La bande son, légère et chic, est d’une redoutable efficacité.

Tout est impeccable et pensé. Sur le plateau, les assistants l’appelaient « Monsieur Tatillon ». Décors inventifs, lumière étudiée, couleurs acidulées, architecture soignée – ah ! la villa Arpel… Son canapé abricot transformable en sun-bed, ses robots, sa fontaine-poisson, et les phares ronds de l’énorme Cadillac qui font les gros yeux au VéloSolex…. – et pour un peu le progrès serait prêt à tout dévorer. Humains compris. Alors, Hulot, iroquois moderne échappé à la cour du Roi béton armé, promène son regard faussement naïf sur les illusions du consumérisme.

Si, à l’époque, le public français est charmé, Tati se heurte à l’incompréhension de l’Amérique. Playtime, chantier pharaonique avec le décor d’une ville moderniste géante sera un gouffre financier. Traffic, finira aussi dans l’impasse. Parade, son dernier film, est une sortie en beauté. A sa mort, le 4 novembre 1982, des suites d’une embolie pulmonaire, le cinéaste laisse une oeuvre maigre –  6 films et trois court-métrages – mais dense. Tati n’est pas un moraliste mais un rêveur humaniste. Il raille mais ne mord pas. Il célèbre même l’esthétisme des formes et des objets, en les replaçant comme accessoires du sujet véritable. Une sorte de vie rêvée.

Glisser Jour de fête ou Mon Oncle dans son sac de voyage pour l’été devient une évidence. Les vacances de Monsieur Hulot rendront les vôtres amusantes. L’enfant au ballon, le chien qui gratte le sable, la dame aux lunettes ridicules enduite d’autobronzant n’ont pas fini de vous faire sourire.

Une dernière chose : Sérieusement, vous comptez aller à la plage en Solex, cet été ? Sans rire ?

 

Frédéric Brun

 

Coffret intégarle tati

 

Coffret Jacques Tati
StudioCanal
7 DVD, comprenant: Jour de fête, Les vacances de M. Hulot, Mon Oncle, PlayTime, Trafic, Parade, et un DVD de courts métrages: L’école de facteurs, Gai dimanche, Forza Bastia, On demande une brute, Dégustation maison, Soigne ton gauche
64,90 €
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