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Les Runa, une saga du yachting danois

Les Runa, une saga du yachting danois

Il aimait passer de longs moments dans la mer et appréciait le clapotis des vagues sur la coque en bois de Runa IV. Assis sur le pont en teck de sa yawl à corne (*) de 8,45 m, il se laissait bercer par le vent, en écoutant ses copains blaguer ou commenter le prochain bord à tirer.

Yves Carcelle, ancien PDG de Louis Vuitton,  vient de quitter, à 66 ans, ses enfants, ses amis et ses joies marines après avoir lutté contre la maladie avec l’énergie qui l’a porté durant toute sa vie professionnelle. Celle-là même qui a fait de lui l’artisan de la renaissance d’une saga du yachting danois en achetant, puis en faisant restaurer par les meilleurs charpentiers de marine français, deux spécimens de la voile classique scandinave.

Lui qui n’éprouvait pas l’envie d’acheter un bateau car « la possession ne faisait pas partie de ma vision » nous avait-il dit en juin, s’est aimablement laissé embarquer dans une aventure de restauration de yachts classiques, un soir d’été, sous une tonnelle plantée au milieu de vignes de l’Hérault, en sirotant un bon cru. Son ami américain Grégory Ryan, sculpteur et passionné de voile, lui raconte qu’il vient de terminer, à Mystic Seaport (Connecticut)  la restauration de Runa VII, un joli cotre bermudien de 11 m, construit en 1946. L’artiste s’enthousiasme pour ces vieilles coques élégantes. Yves écoute, attentif. Mais de là à acheter un bateau… Jusqu’à cette soirée fatidique de l’été 2009.

« Je venais de mettre trois ans à restaurer ce plan du Danois Gerhard Ronne au détriment de mes économies quand j’apprends que Runa IV, du même architecte, vient d’être retrouvé à San Francisco  » se souvient Grégory.  « J’avoue à Yves mon déchirement à l’idée de laisser échapper cette « épave » et je l’entends me dire : t’inquiète pas on va l’acheter. ». Aussitôt dit, aussitôt le téléphone décroché. Les deux compères concluent l’achat sur trois photos. « Est-ce la bonne atmosphère du moment, la curiosité, l’envie de faire plaisir à un copain, les bons crus dégustés…? Je me suis lancé spontanément dans l’aventure. Je ne me doutais pas de l’engrenage dans lequel je mettais le doigt ! » se souvenait celui qui a été pendant 20 ans l’acteur du développement mondial de la bagagerie aux deux initiales et qui a mis la Fondation Louis Vuitton sur les rails.

Runa IV est alors en piteux état. Le voilier est expédié en conteneur à Brest pour que les doigts d’or des charpentiers de marine du chantier du Guip lui refassent une beauté. Yves Carcelle ne lésine pas pour son nouveau joujou. « Il fallait faire les choses dans les règles de l’art. Le Guip est le nec plus ultra de la restauration de yachts classiques » commentait l’heureux propriétaire de ce petit cotre qui retrouve en deux ans sa splendeur originelle. Au chevet de Runa IV s’affairent Yann Mauffret, patron du chantier brestois, mais aussi Bruno Troublé, Monsieur Louis Vuitton Cup avec lequel Yves s’est lié d’amitié à travers l’organisation des régates éliminatoires de la Coupe de l’America. L’architecte François Chevalier, grand spécialiste du yachting classique, et Jacques Taglan, historien, apportent leur caution à l’authenticité de la restauration. « Nous étions une bande de potes soucieux d’excellence » racontait Yves Carcelle. D’où le choix de ce chantier de réputation internationale. Deux ans et des milliers d’heures de travail plus tard, Runa IV se joint, en mai 2011, à la jolie flotte de la semaine du golfe du Morbihan.

L’histoire aurait pu se terminer par quelques régates entre potes. Cela aurait été sans compter l’enthousiasme pour la restauration d’un patrimoine maritime unique de l’artisan de l’explosion mondiale du succès de Louis Vuitton et l’acharnement  de Gregory Ryan pour reconstituer cette Saga danoise.

A force de chercher, le sculpteur a retrouvé le premier Runa au musée du Yachting danois et Runa III qui est en restauration en Allemagne. Poursuivant sa quête, il identifie en 2012, au Danemark, Ran II, le sistership de Runa, et l’acquiert.  A la même époque, Yves reçoit un appel du propriétaire de Runa VI. Alerté par les info sur internet, ce Danois perçoit que c’est l’occasion de vendre son bateau, très détérioré, et Yves Carcelle répond présent : « je vous envoie un camion ».  Runa VI, rapporté au Guip, doit attendre une année que le plan de charge du chantier s’allège pour être entièrement rénové. Seul le rouf et quelques pièces sont d’origine.

A l’été 2013, le cotre Runa VI tirait ses premiers bords  au large de Vannes aux côtés de Runa IV. Cette année, à la mi-juin à Porquerolles, Yves Carcelle tirait ses derniers bords en compagnie de ses copains. Les Runa ont perdu leur capitaine deux mois plus tard.

 

Patricia-M. Colmant

 

(*) la corne est un espar en haut de la grand voile.

 

Références : Chasse-marée, avril 2013
www.chantierduguip.com
 

 

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