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George Best, le cinquième Beatles

George Best, le cinquième Beatles

Avant George Best, le football était un sport de gentlemen joué par des voyous. Depuis, il y a des vedettes, en plus. L’intrépide attaquant de Manchester a été le premier joueur charismatique et ultra-médiatisé. Un personnage de roman. Voilà qui tombe à pic : le livre de Vincent Duluc en est un, malgré ses faux-airs de biographie.

 

En 1963, l’équipe de foot de Manchester n’est pas au mieux de sa forme. C’est le moins que l’on puisse dire. Un dramatique accident d’avion à Munich a décimé l’équipe. Il faut vite trouver de jeunes recrues. Un petit gars de Belfast, à l’accent à couper au couteau, est repéré. Il est aussi doué du pied droit que du gauche. Il sera le meilleur. Son nom ? George Best, indeed.

Attaquant de Manchester United de 1963 à 1974, le plus fameux des numéros 7 est l’artisan de la victoire fulgurante de son club en coupe d’Europe en 1968. Rien ne lui est alors interdit. Sur la pelouse, paré du maillot rouge uni de son club – époque bénie d’avant la publicité et les marques – il n’a pas son pareil pour dribbler, se déhancher, virevolter, entouré de vingt-et-un figurants. Pelé n’hésite pas à dire que George Best est le meilleur joueur qu’il n’ait jamais vu au cours de sa carrière. A chaque match, les stades sont pleins à craquer. Seulement la moitié des sièges est occupée par des hommes. Ce n’est pas pour lui déplaire. Car le ballon, c’est bien, mais ce qui lui plaît vraiment, ce sont la boisson, les filles et les bagnoles. Noceur impénitent, le champion aligne les conquêtes et les bolides. Ses alcools sont généralement plus vieux que ses petites amies. « À l’époque, si j’avais eu le choix entre enfoncer quatre défenseurs de Liverpool puis planter un but dans la lucarne ou en caser un dans les cages de Miss Monde, j’aurais eu du mal à me décider. Par chance, les deux me sont arrivés ». Avec Mary Stävin, Miss Monde 1977 puis deux fois James Bond Girl, il enregistrera même des leçons d’aérobic.

Premier partout, George Best fut le précurseur des produits dérivés à l’effigie d’un sportif. Dès le début des années soixante, il dépose son nom comme une marque, crée des boutiques, griffe du prêt-à-porter, des shampoings, apparaît dans des publicités pour des maisons préfabriquées. Il adore être pris en photo. Il est le premier footballeur à voir camper les paparazzi à sa porte. Avec lui, ils en ont pour leur peine. Le public est en joie.

Sa petite entreprise ne connaît pas la crise. Il faut bien faire entrer l’argent, à la vitesse à laquelle il le claque. « J’ai dépensé 90% de mon fric dans la boisson, les filles et les bagnoles. Le reste, je l’ai gaspillé ». Tout comme son talent sur la pelouse. Gouailleur, prétentieux, noctambule, fanfaron, alcoolique, macho, vaniteux; les qualificatifs viennent spontanément pour décrire la gloire déchue du footballer britannique à la fin de carrière pathétique.

Tout avait pourtant si fantastiquement commencé : 466 matchs, 178 buts. Les médailles de meilleur butteur de son club ou d’Angleterre, les Ballons d’or, il ne savait plus où les mettre. Le coffre de sa Type E n’était pas assez grand. Et puis, patatra… Renvoyé du Manchester United  pour ses abus, il est cantonné aux clubs secondaires et décide de partir jouer aux Etats-Unis. Il porte le maillot des Los Angeles Aztecs jusqu’en 1978, puis ceux des Fort Lauderdale Strikers et San Jose Earthquakes. De temps en temps, il joue en Ecosse pour Hibernian. Ses deux derniers clubs seront Bournemouth en Angleterre et Brisbane Lions en Australie, en 1983. Il prend alors sa retraite à 37 ans, après une série de douze matchs perdus à la suite.

Pour le reste, rien ne change. Deux mariages et un enfant, des maîtresses par dizaines. Son organe le plus faible ne fut pas le coeur, mais le foi. « J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage, il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer…« . Première crise grave. Il reçoit une greffe du foi et fête immédiatement sa sortie de la clinique en payant sa tournée. Georges Best était insatiable.  » En 1969 j’ai arrêté les femmes et l’alcool, ça a été les 20 minutes les plus dures de ma vie. » Il recommence donc aussi sec à picoler. Pas de surface de réparation cette fois. La fin de la partie est sifflée à 59 ans.

Pourtant, la légende est intacte. L’aéroport de Belfast est rebaptisé à son nom. Sur son cercueil, une couronne mortuaire porte la mention : « Maradona good, Pelé better, George best ». Trois-cent mille personnes se rassemblent le long de son cortège funèbre, sous une pluie battante, au son de « The Long and Winding Road » des Beatles. Même s’il n’existe aucune photo les représentant ensemble, à en croire le roman de Vincent Duluc, par ailleurs commentateur sportif pour le quotidien l’Equipe, George Best fut le cinquième Beatles.

 

Frédéric Brun

 

 

stock

Le cinquième Beatles par Vincent Duluc,
Editions Stock, 227 pages,
18,50€
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