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Smoking : cravate noire pour nuits blanches

Smoking : cravate noire pour nuits blanches

Les animaux ne nous ressemblent pas. L’observation de leurs mœurs amoureuses en est la preuve : dans la nature, le mâle est plus flamboyant que la femelle. Voyez le paon et la paonne. Plumes, parures, chants, attitudes : rien n’est trop beau pour attirer la belle, au demeurant bien austère. Le gentilhomme moderne prend le contre-pieds, et à l’heure venue de se « faire beau », il choisit le noir et blanc pour laisser la dame scintiller de bijoux et d’étoffes colorées. Il n’en fut pas toujours ainsi, bien entendu. Habits de parade, costumes de cour et autres tenues précieuses et sophistiquées ajoutaient aux fastes nobles des époques plus anciennes. Depuis le XIXème siècle et l’époque victorienne, l’homme du monde se pare de sombre et se fait discret, car de la dame de ses pensées il n’est que le cavalier. L’uniforme de chevalier servant, lui offrant le bras et la faisant danser, sera donc le smoking, devenu depuis un demi-siècle la tenue formelle de soirée.

Uniforme ? Pas tant que cela, en fait. Derrière le strict impératif « Cravate noire », inscrit sur le carton d’invitation s’ouvre une multitude d’interprétations. La première est celle de la formulation. L’usage, en France, est donc cette indication « cravate noire », par opposition à l’habit ou « cravate blanche ». Il s’agit bien de se mettre en smoking, ce costume formel sombre au col de soie ou de satin, porté avec une chemise blanche et un nœud papillon. Seuls les insouciants, les ignorants, les vulgaires, les présentateurs de télévision et quelques pseudo-branchés se fourvoieront à nouer une cravate de ville noire avec leur smoking. Laissons leur cette impiété, déjà heureusement démodée. Car, comme pour les autres pièces du vestiaire, le smoking a ses vogues.

Initialement, ce n’est qu’un veston, court et confortable, que les messieurs anglais de la haute société passaient au fumoir. Garni d’un col en soie ou en satin afin que la cendre de cigare puis de cigarette glisse sans brûler le tissu, il permet de laisser la veste de l’habit, ce frac à basques longues surnommé « queue de pie », pour le protéger des odeurs de cigare et protéger l’odorat délicat de leurs épouses par la même occasion. D’une attention de galanterie, cette « smoking jacket », bien moins formelle que l’habit du soir, deviendra la tenue des galants. Sous l’influence du prince de Galles, futur Edouard VII, bien plus à son aise ainsi pour jouer aux cartes puis dîner entre amis dans l’intimité de Windsor ou de Balmoral, l’aristocratie puis la haute société anglaise l’adopte et copie la veste princière inaugurée par son tailleur Henry Poole en 1860. Peu à peu, l’habit sera réservé aux grandes occasions. Les Américains s’entichent de cette mode plus désinvolte lorsqu’un certain James Potter, de retour aux Etats-Unis après un dîner chez l’héritier du trône britannique à Sandringham, l’arbore à son cercle, le fameux Tuxedo Club de New-York. La « dinner jacket » devient donc « smoking » en France, par anglomanie, et « tuxedo » aux USA par fierté. Les crooners du Rat Pack en font leur habit de lumière, les espions de cinéma leur cape d’invisibilité.

Il en va donc comme de la musique classique : un thème précis ouvre libre court à des variations. Le smoking s’y plie avec adresse depuis plus d’un siècle. Une revue de détails s’impose.

La veste pourra être droite ou croisée mais, comme toujours dans des circonstances habillées comme pour tout costume de ville, évitera les revers sur les poches. La plupart du temps, elle est noire ou bleu nuit, dans un très beau tissu résistant et léger. L’homme du monde sait qu’il faut davantage ruser contre la chaleur que contre le froid le soir. Pour un tea time au Kenya, sous les tropiques, au casino d’Estoril ou de Monte-Carlo, en croisière et surtout si l’on est Anglais, la veste blanche sera une alliée. Mais un pure Malt au coin du feu dans la bibliothèque d’un château hanté s’accordera fort bien d’un veston de velours aux teintes profondes, émeraude ou rubis. Fermé par des brandebourgs, il se rapproche avec délice de la robe de chambre…

Le col, en revanche, s’il peut être châle ou à revers obtus, aigus, ou crantés, conserve les parements de soie ou de satin, spécifiques, décoratifs et festifs. Une baguette sur le pantalon, à la manière des uniformes, soulignera cette coquetterie et raccordera avec les souliers vernis noirs. La boutonnière pourra s’orner d’une fleur mais absolument jamais des rubans des décorations, comble du mauvais goût… sauf en Angleterre et dans les possessions du Commonwealth où l’on arbore les miniatures pendantes des ordres de Sa Majesté sur le smoking. Les années 60 avaient rendu désuet le port du gilet, au profit d’une large ceinture de soie, noire pour les plus classiques ou fantaisistes. Mais c’était sans compter sur le raffinement des jeunes élégants qui en ont fait une marque de distinction, voire de singularité. Une occasion de remettre à la mode la montre de poche ou de gousset. Si l’on opte pour une montre-bracelet, elle sera discrète et classique, fine ou extra plate et montée sur cuir noir, se mariant à de précieux boutons de manchette. Le chronographe de plongée tout acier est une évidente faute de goût à laisser aux fonctionnaires des services spéciaux.

Façonner sa silhouette le soir est d’autant plus simple que l’offre s’est considérablement étoffée, surtout lors des fêtes de fin d’année. Alors que les dîners en cravate noire, courants il y a encore dix ans à Paris, deviennent l’exception, il n’y a jamais eu autant de smokings en vitrine. Chacun trouvera la forme de son envie et, surtout, de sa morphologie. Les grands tailleurs enrichissent leurs coupes et font preuve d’audace autour de cette pièce que l’on attend comme classique. Si Henry Poole reste fidèle au modèle de référence, Gieves & Hawkes s’en amuse, Ozwald Boatgen le coupe de près, Brioni et Ermenegildo Zegna lui donnent du panache. Hackett, Dunhill ou Ralph Lauren le traitent en majesté alors que Lanvin continue de lui apporter cet exquis chic français. De Fursac lui donne un côté branché et accessible. Le petit détail actuel, c’est le retour du col châle.

Louer son smoking est le propre de ceux qui n’étaient pas bons en maths au lycée. En quatre dîners – ce qui est peu au regard d’une vie – il eût été plus rentable d’avoir le sien, si confortable et élégant, précisément dans ces moments de fête, de célébration ou d’obligations, où l’on en a besoin. A défaut, un blazer de velours noir, ou une veste traditionnelle de gardian, sauvera la mise. Il importe avant tout d’être à son aise, gage d’allure et de prestance mais aussi d’une soirée dédiée à l’amusement car le smoking, bien que noir, ne se porte pas aux enterrements.

L’élégance est une discipline de figures libres. Elle ne connaît que quelques programmes imposés et le smoking en fait partie. Le plaisir de l’élégant, c’est de déjouer le piège des tristes conventions, de les connaître et les maîtriser pour les apprivoiser, en jouer, leur tordre de nez. De donner libre court à sa fantaisie et à l’expression de sa personnalité non par le motif ou la couleur, mais par d’infinis détails de coupe ou de finitions. Et si le carton « black tie » tarde à apparaître dans la boîte aux lettres et que l’on à envie de de dîner en tenue de soirée, que faire ? Inviter des amis, se mettre en tenue et… Que la fête commence !

 

Frédéric Brun

 

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