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Bentley, des voitures bien coupées

Bentley, des voitures bien coupées

Un gentleman sait pourquoi il choisit son tailleur. Chacun a sa petite spécialité. Celui-ci le revers, celui-là le « padding », tel autre l’épaule. Il en est peut-être de même pour les constructeurs automobiles. Aussi y aura-t-il fort à parier que le gentleman-driver à la recherche d’un coupé d’exception, alliant style, confort, raffinement et performances, souhaitera sans doute garnir son garage d’une Bentley à deux portes.

Depuis sa fondation par Walter Owen Bentley et son frère Henry, le 18 janvier 1919, à Cricklewood, au nord de Londres, la marque a toujours su pimenter ses autos de sportivité. Une tradition ouverte par les grands succès en course avec notamment les cinq victoires aux 24 Heures du Mans (1924, 1927, 1928, 1929, 1930) et surtout la belle et glorieuse aventure de la « Blue Train Race ».

Chic et vitesse : comme un jeu d’enfants … gâtés

Un pari digne de Jules Vernes, engagé par Woolf Barnato lors d’un fameux dîner offert en mars 1930 à l’hôtel Carlton de Cannes : battre de vitesse le « Train Bleu » sur sa liaison entre Calais et Cannes. 200 livres sterling sont mises en jeux par le jeune et riche pilote anglais, chef de file des « Bentley Boys », actionnaire de Bentley et vainqueur au Mans en 1928 et 1929. Au volant de sa berline Bentley Speed Six personnelle, carrossée par H.J. Mulliner, il compte bien défier le chemin de fer. Départ le 13 mars 1930 à 17h45, au coup de sifflet du chef de gare de Cannes. Le parcours est épique en raison du mauvais temps, d’ennuis de ravitaillement et d’une roue crevée. In extremis, Barnato et son compère Dale Bourne attrapent le bateau à Boulogne et arrivent devant le club londonien de Mr Bourne, The Conservative, établi au 74 Saint James’s street, à 15h20. Impeccable. A 15h24, le Train Bleu entre en gare de Calais. Woolf Barnato gagne son pari, mais le gouvernement français le condamne à une amende bien supérieure aux 200 livres. Néanmoins, le gentleman-driver se fait confectionner une nouvelle voiture par Gurney Nutting. Une Bentley Speed Six d’un genre spécial : un grand coupé à deux portes à l’arrière, coupé de manière aérodynamique, dit « fastback ». Lorsqu’il en prend livraison, le 21 mai 1930, Barnato baptise ce « Sportsman Coupé »  du nom de sa victoire flamboyante : ce sera la Blue Train Special.

Derniers feux pour Bentley néanmoins, puisque la crise économique oblige « W.O » à vendre son entreprise à Rolls-Royce. Henry Royce convoite depuis longtemps ces sportives de luxe à la haute calandre ornée d’un « B » aîlé. L’ingénieur, qui n’a aucun goût pour les exploits sportifs, à la différence du regretté Sir Charles Rolls, mesure néanmoins le potentiel émotionnel de ces autos chics et sportives, magnifiquement assemblées, fiables et puissantes. En 1931, sous l’égide de Rolls-Royce, est fondée la nouvelle société Bentley Motors Ltd. Jusqu’à la guerre, les voitures produites par Bentley restent dans l’ombre des prestigieuses Rolls-Royce. Elles gagnent néanmoins leurs lettres de noblesse car pour être des voitures de grand luxe, les Rolls-Royce sont jugées à l’époque comme assez voyantes et méprisées par la haute société et l’aristocratie en Angleterre, au même titre que les Hispano-Suiza et autres Isotta-Fraschini. La famille royale ne roule à l’époque qu’en dignes Daimler ou en austères limousines Lanchester. Seul le prince de Galles, futur duc de Windsor, se singularise un temps avec des autos américaines, notamment une Buick, avant d’être rappelé à l’ordre par le protocole. Les Bentley sont alors les autos chic de la gentry anglaise et internationale et jouent dans la même cour que les séduisantes Bugatti, Delage, Voisin ou Alfa Romeo.

1938, par exemple, le riche armateur et banquier grec André M. Embiricos confie au carrossier français Marcel Pourtout le soin de lui proposer un coupé extraordinaire. Sur la base d’une Bentley 4 1/4 l, l’ingénieur aérodynamicien Georges Paulin, qui a déjà fait merveille pour l’année précédente avec le coupé Delage D8-120, récidive. Trait de génie, non seulement ce coupé est l’une des plus belles voitures jamais dessinées, mais en plus elle est capable de performances extravagantes pour l’époque, puisqu’au lieu des très honorables 145 km/h d’une 4 1/4 l usuelle, le « coupé Embiricos », assez urbain et raffiné pour être utilisé quotidiennement par son riche propriétaire (Paris – sa villa d’Eze, aux portes de Monaco), est chronométré à 207. Remportant de nombreux prix dans les concours d’élégance, à l’époque comme aujourd’hui, cette auto, adaptée à l’endurance et aux records sur circuits, prit part à trois reprises aux 24 heures du Mans. En 1949, elle s’adjuge même la sixième place.

Il était à l’époque de coutume de se faire confectionner son auto sur la base d’un châssis et d’un moteur. Haute couture automobile. Ce sont donc sous diverses signatures que l’on découvre de très beaux coupés Bentley entre deux guerres. Avec cette vocation voyageuse et luxueuse, matinée de puissance, s’esquisse déjà ce que sera le « Grand tourisme » après-guerre.

L’avènement des Continental 

Ainsi 1952 est-elle une année particulièrement marquante dans l’histoire de Bentley avec l’avènement du coupé R-Type Continental.

Cette voiture est élaborée au sein du bureau d’étude de Rolls-Royce, sous la direction de Ivan Evemden, en collaboration avec les équipes du carrossier H. J. Mulliner & Co. Ce dernier apportera son savoir-faire en termes de construction robuste et légère en abandonnant la structure en bois du châssis, au détriment du carrossier « maison », Park Ward. Ce spectaculaire coupé fastback fut dessiné par Stanley Watts, assisté des recherches aérodynamiques de Milford Read. Avec ses 190 km/h de vitesse de pointe, une prouesse pour une voiture de 1700 kg en 1952, le coupé Continental s’adjuge le titre de voiture à quatre places la plus rapide au monde. Accessoirement, la plus chère aussi. En France, elle séduit d’emblée le Baron Bich ou les Rotschild. Dans le film « Ipcress, danger immédiat« , Michael Caine doit déjouer un complot ourdi par un possesseur de cette auto très exclusive. Il en sera construit 208 exemplaires au total, en comptant « Olga », le prototype, et dont 43 en conduite à gauche. La plupart carrossés par H.J. Mulliner mais aussi par quelques autres grands maîtres, comme Pininfarina, Franay, Graber ou James Young.

Si la berline R-Type est identique à la Rolls-Royce Silver Dawn, le coupé Continental est une authentique Bentley. Telle sera désormais la règle et, en marge de la production commune à l’usine de Crewe, l’appellation Continental signe jusqu’en 1965 de très exclusifs coupés et cabriolets, sur la base des séries S, jusqu’à la S III. En plus du désormais classique Mulliner, coiffé désormais par Park Ward, plusieurs carrossiers s’expriment, variations élégantes sur le thème du coupé de luxe, avec ou sans la poupe fastback. Les très chic coupés « Chinese eye », aux doubles optiques de phares, s’ajoutent aux propositions et font sensation. Au point que quelques une de ces Bentley sont produites avec une calandre Rolls-Royce. Amusante ironie de l’histoire.

La série suivante, qui porte le nom de T chez Bentley mais sera surtout célèbre sous le nom de Silver Shadow pour les Rolls-Royce, s’accompagne aussi de quelques très beaux coupés. S’ils sont produits par Mulliner Park Ward (« MPW »), ils n’ont rien de singulier par rapport à la version Rolls-Royce, connue comme la voiture de Thomas Crown. Seul le « two-door saloon » de James Young est spécifique, avec sa ligne malheureusement plus raide, dépourvue de l’exquis ressaut de l’aile arrière qui fait des coupés « MPW » et Corniche l’une des plus belles autos au monde.Et toujours l’une des plus inaccessible. Produite entre 1965 et 1990, il ne sera pourtant assemblé que 114 exemplaires et 15 seulement dans la version de James Young. Décidément une auto très exclusive, à la manière de celle spécialement créée pour le Shah d’Iran. Pour des plaisirs plus pimentés encore, les amateurs convoiteront l’une des vingt-cinq dernières Corniche produites en 1995, sous l’appellation Corniche S. Même luxe pour cinq personnes à l’intérieur. Mais un peu plus vite puisque sous le capot se cache le puissant moteur turbocompressé de la Turbo R.

Néanmoins, le beau coupé Bentley tire finalement sa révérence, sans relève immédiate : la Rolls-Royce Camargue ne sera déclinée en version Bentley qu’à un exemplaire unique et le projet proposé par Pininfarina n’est finalement pas été retenu. Durant les années 80, une poignée de gentlemen-drivers fortunés s’en feront réaliser, notamment par Hooper.

Il faut attendre 1991 pour voir revenir un coupé spécifiquement Bentley. Ce sera la Continental R. Superbe voiture de Grand tourisme, en tous points fidèle à l’esprit de ses devancières. Jusqu’en 2003, Bentley fera évoluer son beau coupé, avec des modèles élégants et policés, et quelques versions plus bodybuildées et aux mécaniques peu sages, comme les 46 exemplaires de la « R Le Mans » produits en 2006 en hommage aux riches heures mancelles. Toutes versions confondues, avec les R, les S, il est possible de dénombrer 1504 de ces voitures. S’y ajoutent 350 Continental T. Et les 73 « Sedanca Coupe », au toit amovible, qui connurent un certain succès aux Etats-Unis, notamment auprès de Mike Tyson, ou au Moyen-Orient.

Brooklands coupe : la dernière voiture de gentleman?

Mais c’est au cœur de l’Europe que naît une nouvelle pièce maîtresse de l’histoire de Bentley, lors de la présentation au Salon de l’automobile de Genève en 2007 du coupé Brooklands.

Immense, élégant, dispendieux, superlatif, ce coupé est une évolution à toit fixe du cabriolet Azure, lui-même dérivé de la très efficace Arnage. Imposante et impressionnante, l’auto dénote dans l’uniformité ambiante, avec une certaine grâce dans son allure. Bien que nouvelle, la ligne conserve quelque chose de la silhouette des beaux coupés Bentley d’antan. Comme annoncé lors du lancement, seulement 550 exemplaires seront assemblés. Les livraisons s’échelonneront jusqu’en 2001. Si à la question de la puissance, les vendeurs de chez Rolls-Royce répondaient traditionnellement « suffisante, monsieur, suffisante », les ingénieurs de chez Bentley ne se cachaient pas d’avoir insufflé 530 chevaux dans le V8 turbocompressé de 6,75 l de cylindrée. Très suffisant.

Que penser des Bentley Continental GT contemporaines ? Si l’aura d’exclusivité a été sacrifiée sur l’autel de la standardisation imposée par Volkswagen, propriétaire de la marque anglaise depuis 1998, la sportivité ne cesse de gagner. Montée en puissance donc depuis l’introduction de la « GT » en 2003. D’innombrables versions ont fait évoluer ce luxueux coupé du V8 initial vers des déclinaisons équipées d’un W12 très puissant. L’actuelle version de pointe est la GT Speed, forte de 625 chevaux, lui permettant de flirter avec les 330 km/h, en offrant à ses passagers un confort parfait. Le succès est au rendez-vous, puisque la Continental GT, toutes versions confondues depuis la première génération, est la Bentley la plus vendue de l’histoire de la marque. Une réussite due en grande partie à l’exceptionnelle polyvalence de cette voiture de Grand Tourisme, à l’aise sur route, en montagne, dans les beaux quartiers, ou sur l’asphalte (Bentley est revenu en compétition, via la catégorie GT3). Un cocktail détonnant de luxe et sportivité, certes moins discret que naguère, mais capable de séduire simultanément hommes d’affaires, artistes délicats, comme la pianiste Delta Goodrem, ou rappeurs et bimbos, à l’image de Paris Hilton qui ne manque pas de se laisser mater avec sa Bentley rose. Vivement qu’elle change de couleur de vernis à ongles. Les amateurs avertis de la marque anglaise se laisseront tourner la tête par la plus exclusive de toutes les Continental GT : celle proposée par le carrossier italien Zagato. Une vraie voiture de Grand Duc. A bons entendeurs…

 

Frédéric Brun

 

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