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La quête de l’argentique #1 : un Suédois sur la lune

La quête de l’argentique #1 : un Suédois sur la lune

Je n’aime pas la photo numérique. J’aime toucher la capiteuse matière première des négatifs de pellicule, j’aime cramer du film. J’aime stocker ces films dans mon frigo, comme cela se faisait autrefois, et les y contempler comme on contemplerait une boite de foie gras ou de terrine de sanglier du maquis corse. La promesse d’une dégustation : sortir le film du frigo, ouvrir l’emballage, le charger dans l’appareil, partir faire des photos. C’est un plaisir gourmand : je ne fais pas des images, je tire des photos, c’est savoureux, c’est tactile, tangible. Les disques durs gavés de milliers de fichiers virtuels, c’est niet. J’aime attendre que mes films reviennent du labo, livrant après un insoutenable suspens la poignée de photographies qui ne seront jamais banales, puisque on les a attendues avec impatience.

Plaisir un peu snob que de trimballer avec soi un bel appareil photographique plutôt qu’un appareil électronique qui fait des JPEG. Chaleur des tonalités du noir & blanc ou couleurs naturelles tranchant avec l’overdose criarde des photos numériques, non, vraiment, l’argentique n’a pas dit son dernier mot, et plutôt qu’une technologie dépassée, j’y vois une technologie alternative. J’ai arrêté le numérique fin 2009, n’en retirant aucun plaisir, et recommencer à faire de la photo argentique fut une délivrance : depuis, j’enchaîne les boitiers, panachant les époques au gré de mes envies, le choix ne manquant pas sur le marché, à commencer par les boitiers cultes, le F de Nikon ou les M de Leica, pour ne citer que les figures de proue.

Pourquoi s’en priver ? C’est toute proportion gardée comme si, pour parler voiture, une Ferrari 250GT était aussi facilement disponible mais moins chère qu’une berline mazout actuelle. Un soir de l’été dernier, sur un coup de tête, je me suis dit que l’appareil qui avait immortalisé les missions Apollo sur la lune suffirait bien à immortaliser mes photos de vacances : 48h plus tard j’étais l’heureux propriétaire d’un Hasselblad 500 C/M.

Boitier mythique choisi par la NASA pour faire entrer dans l’histoire les premiers pas de l’homme sur la lune, l’Hasselblad 500 fut aussi pendant 50 ans le boitier favori des shootings de mode ou des portraits d’art. Né à la fin des années 40, sa production vient de cesser, et, avouons le, il n’a guère changé tout au long de sa carrière, conservant son physique incomparable de sténopé moderne, ses objectifs Carl Zeiss de qualité interstellaire, le viseur de poitrine et le génial système de dos interchangeable (qui permet de changer à volonté de pellicule selon les besoins). Pièce d’orfèvrerie mécanique assez fascinante, increvable, indémodable, chargé en film 120 de moyen format (dont les légendaires TRI-X noir & blanc utilisé par tous les grands photographes de l’après guerre) l’engin produit des négatifs format carré 6X6 dont la possibilité de résolution équivaut au bas mot à 4 fois celle d’un capteur numérique plein format.

 

Mais passons à l’action : 3 semaines d’été en Corse, un stock de pellicules Kodak Tri-X 400… Et un faux départ : le boitier acheté, arrivé dans un colis sans doute maltraité, est bloqué. In extremis, la très réputée maison Parisienne « Les Victor », spécialiste Hasselblad, règle le problème avec efficacité, et courtoisie : un vrai savoir faire, un support rassurant en cas de souci.

Moment excitant, le chargement de la première pellicule, un rite initiatique jouissif : enclencher le rouleau de film, dérouler, réenclencher sur le rouleau récepteur, faire jouer le mécanisme horloger pour le dérouler jusqu’à la fatidique flèche rouge, enclencher, verrouiller (bruit d’acier de Kiruna), armer le boitier, remettre le dos (re-bruit d’acier de Kiruna !) : les deux témoins d’armement, boitier et dos, sont au blanc, le compteur est sur « 1 »: go go go !

 
 Corse
 

Premiers clichés émouvants, je tire le portrait de mes meilleurs amis, rassemblés pour un apéritif sur la plage. L’ Hasselblad, c’est comme l’apéritif justement, convivial : pas de boitier qui vous obstrue le visage et crée une barrière entre le sujet et vous, on vise naturellement, regardant le sujet tout en jetant négligemment un oeil au cadrage, boitier sur l’abdomen voire au flanc. Le sentiment de liberté que crée le viseur de poitrine change complètement la perception que l’on a du sujet et du cadre : le photographe est dans la scène plutôt que simple témoin de la scène.

 
 panne d'essence
 

L’acte de prendre une photo s’en trouve métamorphosé : il ne s’agit plus de « shooter au vol » mais de capter ce qui vous entoure, en prenant votre temps, mesurer la lumière ambiante (avec l’application « posemètre » de l’iPhone !), capter une atmosphère, la graver sur le film : le bruit inimitable du déclenchement à lui seul est addictif, la démarche est simple, intuitive, rapide, contre toute apparence.

 
 voyage
 

C’est en voyant les clichés de mon séjour insulaire estival que j’ai finalement compris. Le moyen format donne un modelé aux images qui leur fait prendre du relief, et c’est cela que l’Hasselblad m’a apporté : une précieuse troisième dimension, une profondeur, à ce qui n’était jusque là qu’un cadre hauteur x largeur.

 
Frank Pistone
(texte et photos)

 

    A Retenir    
- Le « système V » d’Hasselblad (les Hasselblad 500) a prospéré des années 50 jusqu’à très récemment, porté par la demande des professionnels, qui en ont fait (et en font encore) un large usage : boitiers, dos, objectifs & accessoires sont largement disponibles sur un marché de l’occasion abondant. Compter 1 500 € pour un ensemble cohérent et prêt à l’emploi.
- Impératif: acheter un boitier entretenu ou révisé (la révision donne un quart de siècle de tranquillité), mon boitier, quasi neuf et au fonctionnement impeccable, date de…1976 !
- Pellicules & laboratoires : aucun problème, l’avenir semble assuré.

 

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