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Alfa Romeo Montreal : steampunk al milanese

Alfa Romeo Montreal : steampunk al milanese

« Le futurisme est un mouvement littéraire et artistique européen du début du XXe siècle, qui rejette la tradition esthétique et exalte le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, la machine et la vitesse. »

Tout cela est finalement très simple.

La pompe Spica est composée de huit pistons actionnés par un arbre à cames dont le diagramme est le diagramme brut de l’injection. Chacun des pistons alimente un injecteur en essence sous pression. Une minuscule courroie crantée entraine le tout depuis le moteur V8.

A l’arrière de ce chef d’œuvre d’usinage, une incroyable horlogerie connectée à cet arbre permet de faire varier la cartographie tridimensionnelle de l’injection d’essence en fonctions de plusieurs paramètres :

– régime moteur, grâce à une couronne centrifuge à billes ;
– position de l’accélérateur (par la potence du câble d’accélérateur, montée sur la pompe) ;
– température du liquide de refroidissement, grâce à un capteur rempli de gaz fréon et monté sur le thermostat ;
– pression atmosphérique grâce à une capsule barométrique concentrique à la potence du câble d’accélérateur ;
– réglage hiver / été situé sur l’arrière du moteur et actionné manuellement par le chauffeur attentif à sa machine (tout oubli en position « été » entrainera la mort brutale du moteur dès les premiers frimas de l’hiver).

Le tout ajuste la richesse du mélange air-essence  aspiré par le moteur, en actionnant un boisseau ad hoc à la sortie des 8 cylindres de la pompe d’injection.

Ajoutons pour faire bon poids deux solénoïdes au comportement parfois badin mais à la mission vitale :
– départ à froid ;
– coupure d’injection à la décélération (tentative futile mais pleine de panache pour limiter consommation et pollution de l’engin).

Restent donc les 8 papillons de gaz, qu’il faut synchroniser, et 8 injecteurs mécaniques alimentés par de l’essence sous très haute pression, qui ne manquera pas d’incendier illico presto l’engin à la moindre avarice sur l’entretien de la tuyauterie.

Simple, donc, et synthétique : ce manifeste futuriste à la poésie échevelée résume à lui seul l’Alfa Romeo Montreal.

Cette voiture, à sa sortie, dans le Milan de 1970, c’était la voiture des Pier-quelque chose, PierLuigi, PierSilvio, PierStefano et tutti quanti, haute bourgeoisie ou noblesse Lombarde finissante, appartement dans un palazzo de la via Brera, un  Maillol ou un Giacometti dans le patio. Pour les plus sybarites, un duplex au dernier niveau de la Torre Velasca, architecture futuristo-moyen-âgeuse, vue sur le dôme, un Boccioni au mur tendu de velours synthétique rouge, moutons de Lalanne dans le salon, et des lampadaires de Gae Aulenti partout pour éclairer les Lichstenstein.

L’Alfa Montreal c’était l’auto pour faire l’autostrade Milan-Turin en moins de 30 minutes (attribut ô combien important à l’époque), l’auto pour traverser les brumes de la plaine du Pô à 200 à l’heure et aller trouver le soleil à Rapallo. Une certaine idée du futur, un futur brutalement avorté par le choc pétrolier et les années de plomb.

PierLuigi troquera vite sa Montreal orange contre une Lancia grise et sa veste de fourrure contre un loden : la discrétion c’est encore le meilleur moyen pour éviter les balles des brigades rouges. Finir gambizzato pour une bagnole, c’est fâcheux, et le choc pétrolier de 1973 s’est chargé de le convaincre que le temps des éponges à essence est révolu.

Lâchement abandonnée par l’intelligentsia lombarde, la noble Maison Milanaise finira par écouler ses Montreal invendues aux proxénètes napolitains, la lente descente aux enfers de la belle Alfa commence, elle sera cruelle, au fil des années le camoriste cédera le volant à l’alfiste moustachu bedonnant, le Beretta automatique remplacé dans la boite à gants par une casquette à carreaux. Et puis le beau V8 se taira, faute de petit personnel capable de déchiffrer le fonctionnement (pourtant si simple) de l’injection Spica. Sic transit gloria mundi.

 

Frank Pistone

 

    Pour en savoir plus    

Concept-car voué à rester un exemplaire unique, sensé « synthétiser les plus nobles aspirations de l’homme en termes d’auto sportive » à l’expo universelle de 1967 dans la ville éponyme, la Montreal fut finalement industrialisée 4 ans plus tard.

4 ans trop tard.

Etrange cocktail de futurisme fantasmé et d’acte manqué, elle conciliait un design météorique avec une plateforme de giulia sous dimensionnée et un V8 ultra sophistiqué crée spécialement pour elle (aucune pièce commune avec le moteur de la 33 de course, nonobstant la légende urbaine). 200cv, 220km/h, mais un entretien exigeant : en son temps l’usine dépêchait aux 4 coins de l’Europe son directeur technique pour officier sur les Montréal que les concessionnaires étaient bien en peine de mettre au point.

Fantasme de futur, la Montreal est paradoxalement une résurgence anachronique du passé, Alfa Romeo avant la seconde guerre mondiale, fabricant d’auto élitistes sur-mesure pour les cognoscenti (pensez aux 2900C des mille miglia). A ce titre, les survivantes rescapées des 3 917 exemplaires produits entre 1971 et 1977 (essentiellement 72) méritent bien de sortir des limbes pour reprendre leur place  parmi les Ferrari et autres Maserati  dans les belles ventes. Sa côte, après avoir végété entre 60 000 francs et 15 000 euros, peut aujourd’hui atteindre 30 000 à 50 000 €.

Mais n’est pas PierLuigi qui veut : commettez une erreur, et elle vous mettra le feu.

 

 

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