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Coupé Fiat Dino : mariage de raison

Coupé Fiat Dino : mariage de raison

Aujourd’hui on appelerait cela un barnfind. On construirait un storytelling doré sur tranche pour emballer le paquet cadeau avec quelques goodies négligemment posés sur le capot (vieux magazines, poussière garantie vintage, etc.)

En 1993, ce n’etait qu’une vieille Fiat avachie au bord du trottoir dans un quartier bourgeois niçois aussi fané que la voiture. L’attraction fatale voire lancinante du charme discret de la bourgeoisie (moisie) avait fini par me pousser à laisser (geste fatal) un bristol sur le pare-brise. Message limpide: « à vendre ? 93.56.51.66. »

30.000 francs plus tard, je me retrouvais propriétaire d’un coupé Fiat Dino V6 2000 amarante de 1968, cuisson à point. Moultes introspections ne m’ont toujours pas permis de comprendre ce qui a pu pousser un gamin de 20 ans à acheter ce machin plutôt qu’une 205 GTI d’occasion. Le mot vintage n’existait pas encore, on appelait ça voiture ancienne, et le prestige global (= auprès des demoiselles) de l’engin était nul.  J’avais surmonté ce handicap très vite en ajoutant, après un bon coup de polish, des stickers Ferrari sur les ailes avant.

Habile stratagème qui m’a forcé pendant de longs mois à expliquer aux pécores que, sous le capot de ce joli coupé, se cachait un moteur certes fabriqué chez Fiat mais dessiné chez Ferrari et nanti d’un pedigree aussi interminable que ses montées en régime. J’ajoutais pour faire bon poids que c’est l’auto du mafieux dans The Italian Job, film (cu)culte s’il en est.

Curieuse auto. A bord, plutôt que la bourgeoisie, elle sentait la même odeur que la Fiat 500 avec laquelle j’avais inauguré mon permis de conduire : cette odeur de plastoc et de tissu bas de gamme chauffés par le soleil, reconnaissable entre mille (une bourgeoise qui sent le stupre, en somme). Mais le moteur faisait vite oublier tout le reste : 160 chevaux hauts perchés, une bande son inoubliable. Combien de pleins de super cramés juste pour le faire hurler sur la grande corniche, combien de Nice-San Remo vitres ouvertes dans les tunnels de l’autoroute ?

Combien ? Pas tant que ça, puisque je descendis les coussinets de bielle au bout de quelques semaines d’idylle avec cette délurée. Internet était encore dans les limbes, les pièces s’achetaient chez Fiat, à Vintimille, au prix Ferrari. Après une longue journée sous l’auto, clef dynamométrique en main et huile ruisselante sur la figure, l’embiellage était réparé et la sérénade avait repris.
Tout était pardonné.

Et puis le pont s’est mis à grogner. Alors, ulcéré par son ingratitude, j’ai versé du STP dans l’huile, et j’ai vendu l’auto à un pigeon (« Le pont ? Non, aucun jeu, aucun bruit, c’est rare sur les Dino, ça Môssieur ! »)

Parfois je repense à cette belle auto, c’était peut-être trop tôt, et aujourd’hui ce n’est peut être pas trop tard.

 

Frank Pistone

 

Fiat Dino Coupé 2000 & 2400 (1967-1972)

Pour homologuer son V6 2 litres en Formule 2, Enzo Ferrari devait le fabriquer en grande série, trop grande pour sa capacité industrielle et commerciale. Fiat, maison mère qui vient de racheter le cheval cabré, se charge de le fabriquer en grande serie et commercialise un coupé et un spider avec ce beau moteur. « Dino », en hommage à Alfredino Ferrari, fils décédé du commandatore, qui aurait eu à l’origine l’idée de ce V6 4 arbres à cames et 3 carburateurs double-corps (en réalité, le V6 Dino fut dessiné par Francesco Rocchi, à qui l’on doit aussi le V8 des 308 GTB).

Longtemps ignoré des puristes, encore aujourd’hui relativement abordable, le coupé Dino Fiat 2000 ou 2400 est une auto de grand tourisme sportif, concept surrané à souhait en cette époque de radars. Auto confortable, rapide, un peu lourde mais très équilibrée, auto de quadragénaire éclairé plutôt que sportive pur jus. Choix élitiste, auto élégante, roulable, avec un moteur d’anthologie.

Attention tout de même : la 2000 est pointue, la 2400 plus civilisée. Et si les pièces moteurs sont faciles à trouver, pour le reste, c’est le casino.

La fiabilité ? Les survivantes ont toléré tellement de mauvais traitements en 40 ans…
C’est bien la preuve que c’est solide!

 

Fiat Dino Coupé 2000 & 2400 (1967-1972)
Production: 1967-1969: 2000cm3, 160cv / 1969-1972: 2400cm3, 180cv
Côte actuelle : incertaine, compter 25-30k€ pour un bel exemplaire.
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