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Survie par -10° dans le Jura

Survie par -10° dans le Jura

Il est 2h47 du matin. Réveil brutal. Mes doigts de pieds sont gelés et l’un des compagnons de couchage ronfle comme un sonneur. Mais qu’est ce que je fais ici ? Je remue les orteils pour tenter d’activer le sang. Mon nez, lui aussi, est gelé. Difficilement je me blottis dans mon sac de couchage, un œil tourné vers l’extérieur pour admirer le blanc bleuté du plafond de notre igloo. Comme mes 11 co-stagiaires, j’attendais avec impatience ce moment. La veille au soir avec mes compères – directeur commercial, CEO website, comptable, conducteur de train, consultant marketing, tous des hommes ! – nous nous sommes retrouvés dans un gîte près de Saint-Claude avec pelles, paquetages et sandwichs. Notre objectif ? Vivre une vraie aventure polaire.

4h17… Mes pieds sont toujours glacés malgré des chaussettes épaisses, un tapis de sol isolant et un sac certifié « -10°C »! Seul mon visage dépasse. Il est frigorifié. Je retravaille la flexion/extension des orteils pour les réanimer. La faim me tenaille l’estomac. Il était bon mon dernier petit déjeuner. « Le plus copieux possible » a insisté hier matin Denis Tribaudeau notre guide en interdisant d’emporter portable et nourriture avant que l’on ne se mette en route pour 3h de marche dans 50 cm de poudreuse. Avançant en file indienne, tantôt ouvreurs tantôt derrière, nous étions aux premières loges pour admirer le paysage magnifique du Jura. Une neige vierge, d’une blancheur scintillante qui contraste avec le vert vif des épicéas.

5h47… et encore un « 7 » ! J’ai gagné une heure. Pas un bruit dehors. Mes orteils sont toujours aussi douloureux. Et si je perdais un doigt comme Maurice Herzog à l’Annapurna ? Je suis dans le Jura, il ne fait que -10°. Franchement, on est loin du compte himalayen. A quoi ressemble un doigt nécrosé ? Peu importe, je préfère repenser aux traces de renards, lièvres et lynx que l’on a croisé sur le chemin. La région abrite encore quelques-uns de ces félins. En route, Denis nous a montré ce qu’il fallait cueillir pour le dîner… Fruits rouges de l’églantier, pousses d’épicéa, lichens. Il nous a initiés à l’usage des plantes en survie tel l’amadou pour maintenir les braises. Pas sûr, toutefois, que l’on se soit régalé…

7h07. Lueur blafarde. Je reste au chaud. Notre abri n’a pas bougé. Hier, après avoir tâtonné pendant plus d’une heure, nous avons fini par trouver la clairière où bivouaquer. Un endroit magnifique, un soleil splendide et la densité de neige idéale pour faire des « parpaings ». A peine sur place, juste une minute pour admirer et quelques heures pour transpirer ! Pour abriter notre groupe, nous avons construit trois igloos. La technique, simple en apparence, est exigeante. Il faut 160 parpaings de 40 x 20 cm par igloo. On les place sur un cercle de neige bien tassée en les inclinant pour faire le dôme. Après ces 4 h de dur labeur, la voûte de l’igloo était bien lisse et le tunnel d’entrée – « piège à froid » – à la bonne hauteur pour maintenir la température intérieure à 0°.

7h37. Sacré 7 ! Denis a quitté son lit de branches d’épicéa et migre sur le tapis de Julien, parti sans doute ranimer le feu d’hier. Je lui fais confiance. Encore 10 minutes dans mon sarcophage -10°. Le lichen bouilli d’hier soir est indigeste. La version avec des pousses d’épicéa était meilleure. Mais ça ne nourrit pas son homme. Pour oublier la faim je me suis concentré sur la leçon d’astronomie : Orion qui chasse le lièvre avec son chien dans le ciel étoilé. A défaut de voir la polaire, on a calculé notre position grâce à la grande Ourse. Le ciel était magnifique.

8h17. L’heure de se lever. Le feu a été rallumé. La chaleur fait remonter des vers de terre. Denis nous montre comment les préparer. Si mes copains semblent apprécier cet apport de protéines, je laisse ma part. Après une tisane à l’épicéa, nous réussissons à allumer un feu par frottement de 2 morceaux de bois avec un archet. Fierté d’aventurier de voir la braise fumer. Filtrer l’eau, faire un brancard, porter les premiers secours, la matinée est instructive avant le retour à l’auberge. Deux heures de marche dans la neige. Plus on se rapproche, plus la tartiflette qui nous attend semble succulente. Une fois arrivés, on se jette dessus comme des grizzlis sur un pot de miel. La première assiette avalée, les langues se délient.
Pour tous, l’expérience a été mémorable. Rien n’est plus stimulant que d’être allés (timidement certes) chercher ses limites, d’avoir supporté le grand froid dans des igloos et peut-être surtout… de s’être passé de portable.

 

Pierre Blanchemaison

 


Stage Survie Tribaudeau
26 rue du Croustet
33700 Merignac
06 52 01 78 70
06 23 99 21 45
Stage de survie dans le Haut Jura (3 jours) – 206€/personne.
Les stages « Grands Froids » de l’année 2016 sont tous complets. Les dates pour la saison 2017 (janvier-février) ne sont pas encore disponibles mais vous pouvez néanmoins pré-réserver vos places ici.

A lire
 : « Survie mode d’emploi » Denis Tribaudeau, ed. Le Courrier du Livre, 320p, 25€
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