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Les détails d'Alberola

Les détails d’Alberola

Le Palais de Tokyo célèbre l’inclassable Jean-Michel Alberola, qui a lui-même mis en scène cette rétrospective de vingt ans de travail. Né en 1953 en Algérie, le Français a conçu un espace qui, tel un labyrinthe, présente pêle-mêle tableaux, dessins, photographies et sculptures en néon : le meilleur de son oeuvre. Cette réflexion sur l’état du monde (littérature, art, politique, économie, histoire…) se révèle plus lisible qu’il n’y paraît.  

 

« Je ne fais que des détails, je ne fais que ça. Je compte simplement sur l’addition des détails »

Si la première salle de l’exposition vous laisse dubitatif, ne tournez pas les talons pour autant. Il est vrai que la gigantesque inscription « L’effondrement des enseignes lumineuses » et l’accumulation de petites toiles et sculptures énigmatiques peuvent dérouter. Pourtant, plus le spectateur avance dans l’exposition, plus le style et le message de l’artiste Alberola se font limpides – bien qu’une part de mystère ne disparaisse jamais. Les mêmes motifs se répètent au fil des salles : le nez de clown, les références historiques, le personnage du Roi de Rien… Comme un puzzle, l’art d’Alberola s’assemble progressivement.

 

« Il n’y a pas de figure centrale »

Inscrite en néon sur un mur, cette maxime correspond bien au travail de l’artiste. Son propos est de soumettre au regard du spectateur un ensemble de références que chacun est libre de comprendre comme il l’entend. Pour aider le spectateur à saisir un premier repère et laisser libre cours à sa propre imagination, Jean-Michel Alberola mise beaucoup sur le langage. Les titres des œuvres mais aussi des mots sur les toiles et sur les murs du Palais de Tokyo aiguillent la réflexion. Ainsi, une peinture représentant un point noir sur fond gris resterait totalement énigmatique sans la mention « L’homme invisible » sur la toile – ce qui permet aussi de comprendre la présence d’un nez de clown sur le côté. Certaines œuvres évoquent même des bandes dessinées où les mots inscrits sonnent presque comme des dialogues ou des didascalies. Le spectateur un peu perdu parmi toutes ses œuvres variées peut donc se raccrocher au langage pour dérouler le fil de ses propres références.

 

La littérature comme art majeur

Ce qui compte n’est donc pas tant le message que l’auteur a voulu faire passer mais ce que le visiteur en percevra. Le panneau « L’effondrement des enseignes lumineuses » pourra rappeler aussi bien la critique de Guy Debord sur la société du spectacle que la récente mise en scène des Particules élémentaires de Julien Gosselin (qui s’appuyait sur des néons pour projeter des extraits du romans). Et aucune idée qui vous viendra en tête ne vaut plus ou moins que celles de votre voisin. La personnalité de l’artiste n’est toutefois pas occultée : sa bibliothèque se dévoile par le biais de citations d’auteurs comme Marcel Pagnol et Marius ou Robert Louis Stevenson et son Île au trésor. Loin de laisser le spectateur seul face à cette multitude de détails, l’artiste, et ici scénariste de son travail, lance des pistes de réflexion : littérature donc, mais également histoire (une série de peintures porte chacune une date comme 1918, 1965 et 1992 pour les émeutes de Los Angeles) ou économie (mondiale et l’économie spécifique du marché de l’art). Son idée d’acheter plusieurs livres, d’en arracher les pages et de les vendre chacune 10 € sous prétexte qu’il a apposé ce prix de sa main est une réflexion fine sur la valorisation de l’artiste.

 

A retenir

– Le style de Jean-Michel Alberola est appelé du figuratisme conceptuel : plus abstrait que la figuration libre, il se fonde sur des motifs figuratifs, c’est-à-dire réels, concrets, pour aboutir à une réflexion plus vaste, à un concept.

– Très discret, ce professeur aux Beaux-Arts de Paris a mis en scène cette rétrospective mais a boudé le vernissage. Comme avec ses élèves, auxquels il ne donne aucun avis ou ordre, il préfère laisser les spectateurs analyser les œuvres comme ils l’entendent. Sa discrétion a alimenté l’idée que son travail était inaccessible : or, il est tout aussi abordable que le bavard Jeff Koons.

– Aucune interprétation ne vaut plus qu’une autre : si des grandes lignes et références se détachent du travail de l’artiste, les rebonds d’une référence à une autre et la perception de l’ensemble de l’exposition sont propres à chacun. Le but de l’art contemporain est de vous présenter une vision du monde mais aussi, dans une grande mesure, de vous faire jouer avec vos propres perceptions du monde et vos références culturelles personnelles.

 

Louise Bollecker

 

Jean-Michel Alberola, L’Aventure des détails au Palais de Tokyo,
13 Avenue du Président Wilson, 75016 Paris
Du 19 février au 16 mai 2016
10 € le plein tarif, 8 € le tarif réduit, gratuit pour les -18 ans

 

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