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Bernard Buffet, l'artiste sous la polémique

Bernard Buffet, l’artiste sous la polémique

Jusqu’au 26 février, le musée d’Art moderne s’intéresse à l’énigme Bernard Buffet. Adulé par les uns, méprisé par les autres, l’enfant chéri de l’après-guerre fait l’objet d’une exposition qui, sans prendre parti, pose les fondements de son œuvre.

France, 1946. Le public découvre la première toile de Bernard Buffet au Salon des moins de trente ans. Reçu aux Beaux-Arts deux ans auparavant et marqué par le décès de sa mère l’année précédente, le jeune artiste de 18 ans présente un autoportrait aux traits hachés, comme taillés à la serpe. Les pénuries dues à la Seconde Guerre Mondiale le privent d’une large gamme de couleurs, ce qui explique la prédominance de gris et de taupe. L’engouement est total et immédiat. Le style colle parfaitement aux tourments du siècle et s’inscrit à merveille dans le prolongement des innovations artistiques du début du XXème.

Pourtant, alors que la reconstruction du pays s’opère, le style de Buffet est de moins en moins compris. Il semble en décalage, ancré dans la noirceur du passé. Pire, le peintre est accusé de produire toujours la même chose, déclinant différents thèmes (un jour des paysages, le lendemain des singes ou des clowns), pour s’enrichir au mépris de l’art. À une époque où domine la figure du poète maudit sans le sou, un véritable artiste doit rester incorruptible, hors de toute contingence matérielle et faire évoluer son œuvre au fil de sa réflexion. « La recette ayant fait ses preuves, Buffet n’a pas hésité à l’employer jusqu’à satiété, ce qui explique, entre autres, le peu de curiosité qu’il suscite chez les amateurs d’art. Il faut dire qu’il était un véritable stakhanoviste du pinceau, à raison d’un tableau peint tous les deux jours. Et ce, depuis 1946. Sans parler des dessins, des aquarelles, des lithographies, des illustrations de livres, etc. » analyse Libération peu après sa mort.

Il y a évidemment du vrai dans ces accusations. La personnalité de Bernard Buffet, jamais avare de reproches envers les critiques qui ne le comprennent pas et qui parade en Rolls grâce aux ventes de ses tableaux, n’a pas arrangé les choses. Pourtant, un public conquis le suivra toute sa vie. L’exposition du musée d’Art moderne remplit son rôle pédagogique en décryptant l’œuvre de Buffet, plus proche de son temps que l’on ne le croit : réinvention de la peinture d’histoire, appropriation de la bande-dessinée, confrontation à l’esthétique punk… En 1999, entre fascination et désamour, atteint de la maladie de Parkinson, il décide de se suicider, entouré de l’affection de sa femme et muse Annabel. Depuis, nombreux sont les acteurs du monde de la culture à vouloir proposer au public une relecture de son travail, au premier rang desquels se place Pierre Bergé, son ancien compagnon et grand mécène. Justice lui est désormais rendue avec cette très complète exposition. À vous, maintenant, de vous faire votre propre avis.

 

Louise Bollecker

 

Bernard Buffet, rétrospective, au musée d’Art Moderne de Paris
11 Avenue du Président Wilson, 75016 Paris
Du 14 octobre 2016 au 26 février 2017
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, jusqu’à 22h le jeudi
À noter : un billet couplé permet aussi de profiter de l’exposition consacrée au sculpteur contemporain Carl Andre. Outre son travail plutôt austère sur l’appropriation de l’espace (larges dalles au sol, formes en bois, plots), sa réflexion sur les lettres et l’écriture comme sculpture vaut le détour. Et pour les plus motivés, le duo réjouissant de « jumelles hermaphrodites dans l’art » Eva & Adele vous attend au sous-sol pour questionner l’identité sexuelle, la mode et l’amour.
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