Elles arpentent les larges avenues parisiennes de leurs jambes interminables, toujours habillées du dernier-cri. Elles roulent dans de toutes petites voitures de sport, se prélassent dans les chambres d’hôtel et au bord des piscines, jouent de nos nerfs avec un charme déconcertant. Ce sont les Parisiennes, telles que Kiraz nous les donne à voir depuis 1953.

Piquantes, délurées, elles incarnent l’esprit de la femme française, libre, sans préjugés, faussement naïve (« Il m’a lâchement abandonnée après m’avoir donné des goûts de luxe) et terriblement séduisante. Reconnaissables entre mille, elles empruntent leur grâce et leur démesure à Modigliani que Kiraz, encore jeune peintre de nus dans le Montparnasse de l’après-guerre, admirait. Une tête ronde, de grands yeux en amande, des petits seins haut-placés, une taille longiligne et des jambes à n’en plus finir. Toujours à la mode, jamais vulgaires, même dévêtues – Kiraz les déshabilla souvent pour notre plus grand plaisir – ces Parisiennes de papier glacé combinent ce qu’il faut de sensualité, de provocation et d’ingénuité pour se rendre irrésistibles. Mais attention, l’esprit de la Parisienne est volontiers volage – on ne paraît pas dans Playboy depuis plus de trente ans sans risque – les maris sont alors industriels à cigare, pochette et costume croisé, les amants de jeunes gens indolents, désœuvrés et perpétuellement bronzés. On les retrouve au restaurant, sur les courts de tennis, dans les boutiques en vogue et sur les ponts des bateaux de la Côte d’Azur où elles promènent leur élégance espiègle sans avoir jamais l’air d’y toucher. Comme si finalement tout cela n’avait pas grande importance. Ce qui est vrai.

Edmond Kiraz (Kirazian de son véritable nom) a aujourd’hui plus de 80 ans et près de 25000 gouaches à son actif. Fidèle à Montparnasse, il s’installe souvent à la Rotonde, « à la table de Picasso », dans l’angle, et regarde passer les femmes. Pour en capter l’allure, s’imprégner de leur style et nous le restituer dans ses dessins. Il dit des parisiennes : « De génération en génération, je ne me lasse pas de les regarder. Pour moi, ce sont les maîtresses du monde. ». C’est un avis que j’ai la faiblesse de partager.

 

Quelques recueils d’illustrations encore disponibles en librairie :
Mini Drames (2005, Denoël – 23,75 €)
Elle et moi (2003, Denoël – 22,80 €)
Dans Playboy (2002, Denoël – 21,85 €)
Jamais le premier soir (2001, Denoël – 21,85 €)