Ça va miauler sec derrière les écrans. J’entends déjà les intégristes du gastro astiquer leurs banderilles (dans quel monde vivent-ils ? ne baissent-ils jamais le petit doigt ?) Voici pourtant la terrible vérité : j’ai dîné jeudi soir au restaurant et, franchement, je me fichais complètement de l’assiette – qui pourtant ne se tenait pas si mal. Pourquoi ? Parce que j’avais la Seine à mes pieds, deux vieux amis à ma table et le souffle de Renoir tombant avec le soir sur ma nuque, au balcon de la Maison Fournaise.

La Seine sombre aux reflets de mercure, les lampions enchaînés en ampoules multicolores, le large balcon de fer aux piliers vert bouteille, la tiédeur de l’air et la fraîcheur des bulles, tout cela suffisait à mon bonheur. Il ne restait alors aux nourritures qu’à ne pas jouer les importunes, quitte à se faire oublier. Dans l’assiette donc, mais, en la circonstance, c’était anecdotique, une Aumonière de chèvre et poivron un peu pesante, un Parmentier de gigot convenable et une Pana cotta au coulis de poire très réussie. Mais quelle importance ? Il suffit parfois à la cuisine d’avancer sur la pointe des pieds, d’être là comme on serait ailleurs, de nourrir son être sans un mot de trop.

En face de cette Seine impassible qui en a vu passer bien d’autres et de plus illustres, nous avions le temps d’un repas le sentiment de mordre dans l’histoire, de croquer une part d’éternité à la table des impressionnistes. D’où cette envie nostalgique de lever nos coupes à la santé des artistes disparus.

 

Maison Fournaise
Ile des Impressionnistes
78400 Chatou
Téléphone : 01 30 71 41 91
Ouvert tous les jours
Menu du jour à 29,50 €
A la carte, comptez autour de 50 €