Disons le tout net : j’ai mangé là-bas, la semaine dernière, un des plats les plus émouvants qu’il m’ait été donné de goûter. Un plat d’une simplicité déconcertante. C’est toute la magie de ces instants où une compagnie agréable (et rousse), une assiette d’anthologie (« Risotto à la truffe blanche d’Alba ») et un vin mémorable et inconnu (« Chinon blanc, Rochette de Pascal Lambert ») s’accordent à la perfection pour graver au fer rouge l’empreinte de ce moment gastronomique dans votre mémoire.

Ce petit miracle s’est donc produit à La Table du Lancaster, dans l’enceinte de l’hôtel du même nom à deux pas des Champs Elysées. Je me rends compte aujourd’hui que je ne vous ai encore jamais dressé le portrait de cette table qui, pourtant, sous la houlette de Michel Troisgros (triple étoilé à Roanne), est une de mes préférées à Paris. Il faut se figurer une adresse discrète et doucement luxueuse dans une perpendiculaire de l’avenue, traverser un hall chic très XIXème pour enfin pénétrer dans une petite salle chaleureuse, décorée avec goût. Quelques tables à peine, dressées autour d’un patio (abritant en la circonstance un ours blanc du plus bel effet hivernal) au-dessus desquelles s’élèvent de grandes fresques asiatisantes.

Sur la carte, des plats à faire pleurer d’envie, intelligemment classés par saveurs (Esprit de la tomate, Eclat des citrons et agrumes, Piquant des condiments et épices, Vivacité, Verdeur, Aigrelet…) Dans l’assiette, une cuisine fine, élégante, aux humeurs vives et légères. Des produits de haute volée (« Melba de saumon à peine fumé et caviar », « Origami de céleri au tourteau, de la coriandre et du cumin », « Fricassée de cèpes aux écrevisses, au Xérès », « Sole à la ciboulette – recette historique des frères Troisgros », « Soufflé à la rhubarbe, glace à l’eau de vie », « Sabayon léger à la Chartreuse verte et au yaourt ») et une exécution parfaite, sans ostentation du chef Julien Roucheteau.

Et ce risotto alors ? Une émotion suave et terrienne, légèrement brumeuse, fumée, des truffes en copeaux beige, combinée à la magie d’un blanc de Loire aussi fruité que minéral, relançant ses arômes entre chaque bouchée. Un pur délice (à 64 € tout de même).

Bien évidemment, le service est dans le ton : impeccable, courtois, discret, avec une mention spéciale pour le sommelier, d’une gentillesse et d’un savoir-faire à toute épreuve (ah, cette Chartreuse aux lueurs d’absinthe dégustée sous le manteau !) Bref, une table d’exception, chère bien sûr, mais à fréquenter au moins une fois. En galante compagnie, si possible… Ou pas.

 

La Table du Lancaster
7, rue de Berri
75008 Paris
Téléphone : 01 40 76 40 18
Ouvert tous les jours
Menus déjeuner 60 € et 120 €Menu dîner 115 € et 145 €A la carte comptez entre 90 € et 120 €