Retour dans ce restaurant dont je gardais un très agréable souvenir, et qui, faute de photos convenables (le drame des dîners aux chandelles), n’avait pu trouver sa place dans ces colonnes. Injustice réparée aujourd’hui. Injustice, car il s’agit là d’une vraie bonne adresse, passée heureusement entre les mailles du gastrobuzz, déroulant sa partition de futur grand loin du vacarme des pipelettes. Un décor sans prétention, clair et printanier (facile mais vrai) pour une cuisine de belle atmosphère, exécutée avec un savoir-faire impressionnant par le chef Cédric Delvart. A l’évidence, les assiettes assurent dans leur registre de première étoile. Quel bonheur de retrouver un cuisinier aux commandes, qui ne se contente pas de snacker de bons produits à la plancha. Ici, on imagine, on bosse, on prépare, on construit, on assemble, on équilibre. On se donne du mal. Et le résultat est épatant. Dans les verres un Saint Peray (Version Longue 2008 de F. Villard – 26 €) droit, floral. Sur la table, des « Cannelloni de tourteau, coulis de fenouil » vif, frais, parfumés, regardant vers le large, puis un « Saint Pierre, spaghettis à l’encre de seiche, coques, émulsion marinière » subtilement équilibré, cuit à la perfection dans sa blancheur d’opaline et le noir des pâtes al-dente, et pour finir un « Paris-Brest croustillant » servi comme un éclair, combinant pâte aérienne et crème pralinée à l’onctuosité fracassante. Les assiettes ont de l’allure : on cherche la nappe blanche et les couverts en argent, le maître d’hôtel aux gants beurre-frais et le seau à glace, mais rien de tout cela ici. Seule une grande cuisine, un savoir-faire de talent sur du bois brut. Service aussi doux que les prix, l’addition que l’on regarde à deux fois. 42 € pour un menu de cette qualité, on n’en revient pas. Ou plutôt si, on y reviendra.

 

La Fourchette du Printemps
30, rue du Printemps
75017 Paris
Téléphone : 01 42 27 26 97 
Fermé samedi midi et dimanche.
Menu-Carte à 42 €