Vernissage Kimiko Yoshida à la galerie Pierre-Alain Challier

Les miroirs de Kimiko Yoshida font réfléchir. Aux narcisses de l’art contemporain, la photographe fait cette fois volte-face et ne leur montre que le revers de la médaille. L’avers, ce fut une première exposition, « Qui est KY ? », déjà chez Pierre-Alain Challier, le mois dernier. Kimiko Yoshida y figurait, prêtant ses traits à des œuvres fameuses de l’histoire de la sculpture. Les thèmes de l’identité et du portrait sont les axes principaux du travail de cette artiste installée en France en 1995 et qui fut l’une des vedettes des Rencontres photographiques d’Arles en 2004.

Selon les registres officiels, l’artiste serait née à Tokyo en 1963. Mais elle dément presque cette information administrative qui ne tiendrait pas compte de sa troublante histoire. « J’ai fui le Japon, parce que j’étais morte. Je me suis réfugiée en France, pour échapper à ce deuil. Quand j’avais trois ans, ma mère m’a mise à la porte. J’ai quitté la maison en emportant une boîte avec tous mes trésors. Je me suis réfugiée dans un jardin public. La police m’a retrouvée là, le lendemain. Depuis, je me suis toujours sentie nomade, vagabonde, fugitive. ». En partance, « KY » est pour l’heure en résidence chez Pierre-Alain Challier, au cœur du Marais.

Le jeune galeriste et éditeur d’art a l’élégance de dissimuler son incollable expertise derrière des sourires rieurs et un complet bleu de belle coupe. Cela ne suffit pas à faire oublier qu’il a souvent été un précurseur, révélant des artistes bien avant les effets de mode. Ainsi va la vogue de l’art.

Comme à chacun de ses vernissages, le Tout-Paris se presse, passe, file, se plaint que le quartier est ingarable, s’extasie devant les œuvres sans rechigner à quelques mondanités. Les conversations s’entrechoquent. Elles contiennent toutes trop d’adjectifs. L’artiste, aimable, drapée dans un kimono kaki en guise de camouflage, prend le temps de commenter ses créations à Thierry Taittinger. Le commissaire priseur Jean-Claude Binoche s’éclipse juste avant le dîner à l’étage. Lasagnes et fromages. Des élégantes s’esquivent sur le toit terrasse, le temps d’une cigarette bout filtre. Les salles d’exposition son baignées de lumière tamisée. Soudain l’œil se fixe sur l’une des pièces offertes à la vue. Il y a de quoi être soufflé. Avec la magie des maîtres verriers de Murano, Kimiko Yoshida a conçu des miroirs filtrants aux couleurs recherchées, dans lesquels transparait la lumière mais pas l’image de qui s’y mire. L’art poétique du portrait en abstraction.

FyB

Pourquoi Venise?
Miroirs de verre soufflé et sculptures de Kimiko Yoshida
Exposition du 8 au 31 octobre 2013
8, rue Debelleyme
75003 Paris
01 49 96 63 00
www.pacea.fr