Entre plaisir d’esthètes et spéculations d’investisseurs, la folie du « vintage » gagne le monde du cigare. Des ventes aux enchères de cigares anciens animent désormais le marché londonien. Prohibé en France, ce commerce attire quelques jeunes amateurs français aussi discrets que passionnés.

 

cigares aanciens

 

Comme pour l’art ou les automobiles de collection, la cote des cigares vintage est en train de flamber. Sous couvert d’anonymat, un jeune et brillant avocat parisien, qui y consacre non seulement de l’argent mais surtout, luxe plus grand pour lui, du temps, passe aux aveux :  « Certains se passionnent pour les montres, le vin, les tableaux ou les squelettes d’animaux préhistoriques, moi, ce sont les cigares vintage ! Au-delà du plaisir, c’est aussi une valeur d’investissement montante».

Un jugement que ne critiquerait pas Mitchell Orchant, directeur général de C Gars, le principal marchand londonien de cigares anciens, et l’un des précurseurs de ce marché en plein développement en Grande-Bretagne, où le commerce du tabac est libre. Jadis réservé à quelques excentriques, pour la plupart Anglais, en quête du plaisir de déguster les saveurs de tabacs vieillis, le cigare « vintage » attire désormais la convoitise de nombreux acheteurs internationaux, en particulier venus d’Asie. Son caractère de « marché de niche » le rend très attractif et le rôle du marchand est devenu primordial, dans un domaine où bien peu d’acheteurs peuvent prétendre s’y connaître. Car la bague ne fait pas tout, même si les grandes signatures, telles Montecristo, Partagas ou Cohiba rassurent toujours les clients et soutiennent donc plus facilement les cotations.

Encore faut-il que les cigares soient de qualité, car il ne suffit pas de glisser n’importe quelle vitole dans son humidor et d’attendre pour faire fortune, et qu’ils aient été parfaitement conservés. Dans de telles conditions, il ne cesseront de se bonifier au fil du temps, à la manière de grands vins, explique Mitchell Orchant, tout en proposant à ses clients de garder pour eux leurs acquisitions dans sa vaste cave de stockage à l’hygrométrie et à la température impeccablement maitrisée, moyennant un « baby-sitting » entre £250 et £500 par an selon la gamme de prestations. Un service qui pourra sembler onéreux, sauf si l’on considère que le marchand veille sur leur investissement. Dans certain cas, il n’est pas négligeable, comme pour cet humidor complet de Cohiba Behike, spécialement créé pour le quarantième anniversaire, en 2006, commercialisé à l’époque autour de 15.000€ et récemment vendu plus de 80.000€ par le marchand londonien à l’un de ses meilleurs clients de Honk Kong. Récemment, un cabinet de 50 cigares  Partagas, spécialement sélectionnés pour les 165 ans de la marque, il y a près de deux ans. Vendu à l’époque autour de £2500, avec la promesse qu’il s’agissait de grands crus susceptibles de devenir des cigares « de garde », le marteau d’ivoire du commissaire-priseur s’est abattu après une enchère de £ 5200 hors frais.

Les maisons de production ont aussi bien compris tout l’intérêt pour elles de sélectionner et de baguer certains cigares, comme des millésimes de grands crus. Ce qui n’est encore pour certains qu’une simple astuce de marketing s’inscrit aussi dans une démarche plus construite et réfléchie pour d’autres, avec l’espoir de gains à long terme, non seulement en terme financier mais aussi pour l’image de leur terroir, principalement autour de la région de la Vuelta Abajo à Cuba.

Si quelques spéculateurs entrent dans la danse, les amateurs de cigares vintage sont avant tout des hédonistes passionnés et souvent fortunés, même si une astuce permet de fumer sereinement des modules de si grande valeur. Comme il n’y a aucune identification des cigares, en achetant, à moindre prix, des boîtes ou des cabinets incomplets, il est possible d’en reformer un entier, qui sera revendu. Les cigares supplémentaires, dépareillés, pourront être dégustés avec d’autant plus de délice qu’ils auront été payés par la marge tirée de la vente. Les collectionneurs ne sont pas du genre  à voir leur patrimoine partir en fumée.

 

Frédéric Brun

 

C Gars
18 Kingsgates Place
London NW6
www.cgarsltd.co.uk
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