Renaud Marion compose aujourd’hui au futur antérieur. De ce photographe français, les amateurs avisés et les branchés déambulant dans les allées de Paris Photo connaissaient, entre autres, des paysages aux lueurs diaphanes truffés de minuscules détails savoureux, à la manière des scènes de Bruegel l’Ancien, fourmilières humaines, n’offrant la dérision que sous l’oeil grossissant de la loupe. 

Loin des campagnes publicitaires pour l’industrie automobile ou des agences de voyage, l’artiste livre cette fois un travail personnel, ancré dans ses rêves autant que dans ses souvenirs. Enfant, il s’imaginait Paris après l’An 2000. Mues par des propulseurs silencieux, les autos glisseraient sur coussin d’air, faisant fi de l’attraction terrestre.

Aujourd’hui, il projette ses songes et son amour de l’automobile ancienne dans une série de photographies, volontairement rétro-futuristes, baptisée « Air drive » à l’étrange poésie. Une modernité urbaine, charmante mais désincarnée, dans un cadre architectural sobre et froid, dans laquelle seule la mécanique ancienne, transformée, mise au goût du jour, convertie à l’apesanteur, semble donner vie et chaleur. Aurait-il eu des lectures influencées par les Steampunks ?

Refuge ultime de la passion, art de vivre envolé, ou nouvel hédonisme ? Les carrosseries, dépourvues de leurs roues caoutchouteuses, sont rendues à leur pureté stylistique.  Sélection naturelle des espèces, seuls les meilleurs specimen ont droit de circuler dans la cité aux faux airs de Gattaca, où l’on perçoit les influences du style Raygun Gothic des décors de Kenneth Strickfaden ou des films de Fritz Lang : Mercedes 300 SL, Pagode ou 190, Jaguar XK 120 ou Type E, Camaro, Mustang, Cadillac.

Au coin de la rue passera peut-être Jacques Tati sur un Solex en lévitation ?

 

Frédéric Brun

www.renaudmarion.com