Une crainte sourde dans un coin de l’esprit. Si Tatiana*, qui vous accompagne ce soir dans votre tournée des grands ducs, s’en avise, il faudra faire face.

Car oui, le barman qui vous sert les spritz et les antipasti porte la même montre que vous. Peut-être vous gratifiera-t-il d’ailleurs d’un « vous aussi ! » à la connivence déplacée.

Peut être faudra-t-il subir l’outrageant « c’est une vraie ? » (Tatiana va s’imaginer que vous vous fournissez au marché de Vintimille) ou pire encore si vous portez la montre sur un bracelet militaire, l’odieux « c’est le bracelet 007 !? » (Mais mon dieu ai-je vraiment l’allure d’un agent secret à la petite semaine !?)

A ce stade des hostilités vous avez déjà peut être renoncé à porter un Rolex Submariner. Et vous avez tort. Depuis des décennies chez les horlogers on rajoute des aiguilles multicolores, on agrandit les boitiers, on se risque dans le bizarre pour appâter le chaland, et on oublie deux paramètres vitaux. Premièrement, la beauté ce n’est pas quand on ne trouve plus rien à rajouter, la beauté c’est quand on n’a plus rien à enlever : cette montre est l’épure en substance. La preuve : c’est une montre de plongée avec laquelle on peut vraiment plonger. Deuxièmement, le charme ce n’est pas le coup de foudre vite oublié mais l’épreuve du temps : peu de montres portent aussi bien la patine que le Submariner.

Alors oui, vous devez continuer à porter un Rolex Submariner même si les barmen (no offense !) et les voyous la portent aussi : c’est un prix bien faible à payer pour assumer un classique aussi intemporel.

Et puis si Tatiana vous prend pour un agent secret ou un plongeur en eaux troubles, finalement, pourquoi la détromper ?

 

Frank Pistone
(Photo JF. Maccario)

 

* Les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat des protagonistes

 

    Un peu de technique    
  • 60 ans d’évolution mesurée et circonspecte, de la 6204/6205 originelle de 1953 à la 114060 actuelle en passant par les légendaires 6538 (007 !) ou 5513… Comme une forme de constance, un peu à l’écart des modes qui nous valent aujourd’hui des montres de plongée au diamètre digne d’une pizza.
  • Du calibre 1570 au calibre 3135, finalement pas de révolution, une évolution raisonnée portant sur l’utile et délaissant le futile : l’étanchéité est passée de 100 mètres à 300 mètres pour satisfaire une clientèle de plongeurs, de militaires ou de poseurs, du Viêt-Nam au bar du Ritz en passant par les récifs de corail.
  • Une belle histoire, de Cousteau à la Comex, de la Royal Navy au delta du Mékong : le Submariner, c’est un morceau d’histoire au poignet.