Déclinaison civile des boots d’aviateurs de la RAF, la monk shoes (« chaussure de moine ») à deux boucles, imaginée par John Lobb en 1945, est longtemps restée confidentielle et emblématique du style de la maison anglaise huppée. Revue par tous les créateurs du moment, elle s’impose comme l’une des pièces incontournables du vestiaire de la fin d’année 2013.

 

Ceux qui ne l’aiment pas vont devoir la boucler : cette saison, difficile d’y échapper, la chaussure « double boucle » est de retour. Ce soulier faussement guindé mais d’un chic terrible n’est plus le seul apanage des dandys au style pointu ou des gentlemen-farmers citadins, à la manière de Philippe Noiret, grand amateur des William de John Lobb, baptisées du prénom de l’un des fils du bottier anglais. Variation civile d’une botte à boucle d’aviateur, ce modèle, avec sa large bande de cuir barrant le coup de pied, fut rapidement emblématique et identifiable, au point de devenir, pour longtemps, l’un des best-sellers de la maison.

Mais dans les années 90, la double boucle tombe en désuétude. Il faut attendre la sortie de la William II chez Lobb en 2007, un rien plus allongée que sa soeur aînée, puis la William II Low Boot en 2009 pour que le modèle retrouve un coup de jeune.

En France, c’est Xavier Aubercy qui leur donne leurs lettres de noblesse germanopratine, avec son modèle Neil à boucles croisées, coqueluche des hipster et néo-dandys japonais qui en ont fait l’accessoire phare du style workwear.

Car le soulier à double boucle a désormais acquis son habit d’immortel : c’est un « intemporel ». Aucune retenue à avoir pour le porter, puisque qu’il se glisse aussi aisément sous une flanelle bureaucratique qu’avec des blue-jeans finement retroussés. La palette des matières et des couleurs, du strict box noir aux cuirs exotiques chamarrés ou toiles bicolores, permettent toutes les interprétations. Les plus hardis et les amateurs de vie au grand air opteront même pour un montage en cousu norvégien. Les plus raffinés choisiront les teintes d’automne, bruns cuivrés ou roux patinés – pourquoi pas un vert sapin imaginé par Pierre Corthay ? – qui conviennent si bien à leur élégance décontractée.

N’importe comment, chaque coup de pied trouvera à se glisser dans la double boucle de son style tant, cet automne, l’offre est pléthorique. Toutes les maisons proposent leur vision du sujet, de J.M. Weston à Crockett & Jones avec son emblématique modèle Lowndes, en passant par Loding, Santoni, Emling, Bowen, Caulaincourt, Tod’s, Septième largeur, Saint Crispin’s, Gaziano and Girling, Mark McNairy, Carlos Santos, Meermin, Gucci, Kenzo ou encore Marc Guyot.

Avis aux élégants auxquels il manquerait encore une paire de double boucle dans le dressing, ou à ceux qui ont envie de renouveler leur vestiaire: il serait dommage de ne pas profiter de l’échéance du 25 décembre pour ajouter quatre boucles sur sa liste au Père Noël…

 

Frédéric Brun