Au Dirty Dick, les totems ne sont pas tabous. Bien au contraire. Ce sont eux qui vous reçoivent en grimaçant dans ce bar aux effluves hawaïennes échoué comme une planche de surf vintage en plein milieu de Pigalle. Pousser la porte anonyme de cet ancien bar à hôtesses (d’où le nom original conservé pour faire la blague), c’est prendre un Constellation de la TWA et voler direct vers les années 50 et les rivages de Polynésie.

Le choc est rude et fait écarquiller les yeux : chaises de bar en bambou, colliers de fleurs, fresque géante d’une pin-up en paréo, masques exotiques, paniers de fruits et, derrière le bar, deux Américains sonores et joviaux dont les bras tatoués, émergeant de leurs chemises à fleurs, agitent les shakers. Pour parfaire le tableau, on a posé là un fumoir aux têtes de fauves (on ne vous en dit pas plus) et des toilettes aux bruits mystérieux de la jungle (surprenant). Dépaysement garanti ! Et comme la majorité des aficionados de l’endroit se recrutent dans la communauté anglophone de Paris, le risque de jetlag est total.

On se verrait d’ailleurs bien en smoking blanc, version Bond à la Jamaïque, dégustant l’un de ces somptueux cocktails où le rhum est roi, comme un Mai Tai (Rhum, zestes d’orange, amandes grillées) parfumé ou, pour les soirs de blues, un Zombie (mélange détonnant de plusieurs rhums) un Pain Killer (Rhum, coco, ananas, orange) revigorant. Car l’avantage du Dirty Dick, c’est qu’on peut aussi s’y réfugier les jours de mauvais temps : le soleil hawaïen y a élu domicile.

 

Thierry Richard
Photos : Juliette Ranck

 
Dirty Dick
10 rue Frochot
75009 Paris
Ouvert tous les jours de 18h à 2h
Cocktails entre 7 € et 14 €