Avec plus de quatre cent brevets et 1 242 calibres différents imaginés depuis 1833, la manufacture horlogère Jaeger-LeCoultre, sans doute la maison horlogère la plus innovante, ne manque pas d’imagination pour concevoir, depuis 180 ans, des garde-temps chics et étonnants. 

A force d’être avant-gardiste, la manufacture horlogère Jaeger-LeCoultre a fait de l’innovation une tradition, depuis l’invention par Antoine LeCoultre, en 1833, d’une machine à tailler les pignons. Façonnés à la main jusque-là, ils sont irréguliers. Le jeune horloger suisse autodidacte, descendant de Huguenots français, est à peine trentenaire et il est un pionnier de la précision. En 1844, il est le premier à mesurer le micron avec son millionomètre, et, en 1847, ses brevets d’un remontoir à bascule et d’un poussoir permettant de commander plusieurs fonctions ouvre la voie de la chronométrie moderne. Les premières récompenses arrivent. Avec elles, une notoriété internationale. La reine Victoria profite de la première Exposition universelle, celle de 1851, pour s’offrir une montre pendentif précieuse au mouvement signé LeCoultre. Les grandes cours royales et impériales l’imiteront vite.

Sous l’impulsion d’Antoine LeCoultre et de son fils Elie, les ateliers du Sentier, au coeur de la Vallée du Joux, dans le Jura suisse, se transforment en 1866 pour accueillir des machines à vapeur actionnant les outils de précision. Forte d’un savoir-faire déjà hors pair à l’époque, la manufacture lance les premiers calibres à complication produits en petite série. A partir de 1890, la manufacture propose des grandes complications, et, en 1907, surprend avec le calibre 145, le mouvement le plus plat du monde. Déjà, en 1903, Jacques-David LeCoultre avait relevé le défi lancé par le parisien Edmond Jaeger de fabriquer des calibres ultraplats de son invention.

Faire la liste de toutes les brevets tiendrait de la litanie, de la montre Duoplan de 1925 au Gyrotourbillon en 2004, au Duomètre en 2007 et au Sphérotourbillon en 2012,  en passant par la pendule Atmos, en 1928, qui se nourrit de l’air du temps. Son remontage est assuré par les variations de température et d’humidité de la pièce dans laquelle elle se trouve, comme par exemple dans les bureaux de Winston Churchill, Jean Paul II, John F. Kennedy, Charles de Gaulle ou Stanley Kubrick. Dès les années Vingt, la maison et ses filiales anglaises et françaises imaginent et produisent des instruments de mesure et de précision pour la science, l’aéronautique et l’automobile.

Si la manufacture est très fière d’avoir deviné son calibre 101 – le plus petit mouvement horloger au monde, lancé en en 1929 et pesant à peine un gramme – au poignet d’Elizabeth II le jour de son couronnement, en 1953, la gloire importe moins que l’innovation. Longtemps Jaeger-LeCoultre, dont les montres sont d’une sobriété très classique, laissera la notoriété à ses consoeurs pour lesquelles elle réalise études, ébauches et mouvements, comme Patek Philippe, Favre-Leuba, Hamilton, Hermès ou Dunhill. Pour Cartier, LeCoultre imagine une montre à retournement: la Tank Basculante. Une spécialité maison, depuis la création en 1931 de la Reverso.

Désormais, emblématique de la marque Jaeger-LeCoultre, fondée en 1937, la Reverso (« Je me retourne », en latin) est née d’une idée de l’homme d’affaire suisse César de Trey lors d’un voyage aux Indes, afin de protéger des chocs le fragile verre des montres des officiers anglais jouant au polo. L’ingénieur René-Alfred Chauvot imagine alors « une montre capable de coulisser dans son support et pouvant se retourner complètement sur elle-même », selon les mots du brevet déposé à Paris le 4 mars 1934. Montre de sport la plus chic et exclusive, très typée Art Déco, avec son boitier rectangulaire immédiatement identifiable.

En 1946, c’est la première montre automatique. Durant les Trente Glorieuses, Jaeger-LeCoultre signe les montres de « l’homme actif »  La Memovox, ou « voix de la mémoire » est, en 1950, la première montre réveil. Une rare et désirable version Deep Sea entraîne la maison dans l’univers de la plongée sous-marine par très grands fonds. L’engagement actuel de la manufacture aux côtés de l’UNESCO pour la préservation des fonds marins témoigne de cet attachement ancien, même s’il est plus discret que son implication dans le Septième art, le polo, ou les courses automobiles, notamment à la faveur du partenariat avec Aston Martin. De cette collaboration naîtra une montre-bracelet étonnante, puisqu’il suffit d’appuyer sur la glace saphir de l’AMVOX Transponder pour déverrouiller les serrures du coupé DBS.

Même dans les années difficiles au cours desquelles l’horlogerie traditionnelle fut bousculée par l’apparition des montres à quartz, Jaeger-LeCoultre surprend encore avec l’invention d’un calibre MécaQuartz, combinant la mode du moment avec la tradition horlogère, dans un souci constant de précision. Une quête poursuivie l’an dernier avec le Sphérotourbillon, l’une des montres les plus précises au monde. Pour Jaeger-LeCoultre, le temps passe en beauté.

Frédéric Brun

 
Jaeger-LeCoultre
7 place Vendôme
75001 Paris
01 53 45 70 00