En ces temps décadents où il est de bon ton (en novlangue hipster, on dit mainstream) de déboulonner les icônes, j’ai décidé quant à moi de sortir la grosse clef à molette Facom pour les reboulonner solidement à leur socle.

Dans le cas de l’Omega Speedmaster « Moonwatch », la tâche est un peu ardue a priori. 40 ans qu’on nous infuse la légende des missions Apollo pour nous vendre ce brave chronographe : même les meilleures natures finissent par trouver le refrain usé, peut-être même usant. Reste l’essentiel, cette petite montre qui paraît minuscule au milieu des pizzas et autres enclumes qui garnissent la vitrine de l’horloger, avec son calibre qu’il faut remonter, comme un cérémonial, alors qu’on carbure à l’indolence automatique depuis trente ans, avec son plexiglas à la place du saphir inrayable dont les reflets sont si jolis en discothèque. Et, pêché capital, elle s’affiche à un prix presque « raisonnable » en ces temps d’outrances horlogères où un prix indécent suffit à assurer la légitimité d’une montre dans des esprits de plus en plus (dé)formés par le marketing.

D’après mes calculs, c’est le moment où mon brio narratif vous amène délicatement, perfidement presque, à vous demander si, plutôt qu’un cliché éculé superposé à une montre démodée, la Moonwatch ne serait pas plutôt un classique, un « landmark » comme on dit à la NASA.

Oui, j’aime l’imagerie de l’époque Apollo, les Chevrolet Corvette ou Porsche 356 que les astronautes affectionnaient entre deux missions, les Ray Ban Caravan à grosse monture et la Speedmaster (j’aime même les couleurs fanées du Kodachrome d’époque, c’est vous dire !) Et si je ne vous oblige pas à porter le blouson bombers « MA1 »  verts et la chemise en tergal, je me permets quand même de vous rappeler que cette tocante, c’est un peu l’étoffe des héros.

Et puis si Tatiana (encore elle) vous résiste, vous pourrez toujours lui allonger pleine face l’argument de destruction massive : « tu vois cette montre, Neil Armstrong la portait quand il a marché sur la lune ». Au pire, Tatiana est inculte et succombe, au mieux elle vous renvoie dans la  figure « Neil Armstrong ne portait pas sa Speed sur la lune, il l’avait laissée dans le module pour remplacer l’ordinateur en panne ». Vous aurez alors l’agréable assurance que vous briguez une femme cultivée, et que votre montre est si incroyable qu’elle peut remplacer un ordinateur dans une fusée lunaire. Joie.

 

Frank Pistone
(Photo J.-F. Maccario)

 

    Ce qu’il faut retenir    
  •  Depuis 1957, l’Omega Speedmaster Professional (son nom officiel) n’a finalement guère changé, malgré la pléthore de versions ayant prospéré autour de l’originelle. Il faut néanmoins résister à l’embarras du choix et écarter les versions modernisées (saphirs, fonds transparents, automatiques, aiguilles broadarrows…)
  • En jetant votre dévolu sur une Omega Speedmaster, vous jouirez donc de l’ultime privilège de vous payer un peu de vintage en achetant neuf, tant le modèle actuel est proche de la Moonwatch de ’69.
  • Tarif neuf : 3 500 €