La Marque jaune frappe encore ! Avec L’Onde Septimus, la nouvelle livraison des aventures de Blake & Mortimer, confiées à de nouvelles plumes, intrigue et agace. Mais le mystère opère toujours. 

L’affaire doit être importante pour que l’on vienne déranger le capitaine Francis Blake à son club. Le calme semblait pourtant revenu. Londres savoure le printemps. La jeune reine Elizabeth II parade à cheval devant ses gardes chamarrés. Pourtant, d’étranges disparitions inquiètent Scotland Yard. Le professeur Mortimer est aux abonnés absents. Une troublante lady verse du narcotique dans des coupes de champagne. Sous son smoking, un gentleman cache un pistolet automatique. Un asiatique, spécialiste des interrogatoires sous hypnose, descend d’un avion de la BOAC. Les conversations évoquent le tyran Basam Damdu. Quelque chose se trame dans les sous-sols d’Albion…

Après tant de voyages, le nouvel opus des aventures de Blake et Mortimer place d’emblée le lecteur au coeur du Londres des fifties et tente l’audacieux pari de prendre la suite de « La Marque Jaune ». Le plus fameux album d’Edgar P. Jacobs était apparu en feuilleton dans le Journal de Tintin, le 17 septembre 1953. Un demi-siècle plus tard, le professeur Mortimer ne parvient toujours pas à percer le mystère de l’onde Mega et le fonctionnement du Télécéphaloscope lui échappe, tandis qu’une cohorte de clones de Septimus, effrayante comme les Cybernautes des meilleures saisons de Chapeau melon et Bottes de cuir, assaille Londres à la recherche du Colonel Olrik.

Une once de fantastique, une dose de mystère, une pincée de surprise, le tout mijoté à la sauce anglaise: Jean Dufaux, Antoine Aubun et Etienne Schréder ont su apprivoiser les ingrédients traditionnels qui ont fait le succès de la recette concoctée par Edgar P. Jacobs. Ils ont tout de même édulcoré un peu du piquant de la série, en rognant sur les scènes d’action et de poursuites.

Les puristes regretteront également l’absence des longs phylactères narratifs et des expressions fétiches des deux héros dans leurs dialogues. Bloody hell ! Simultanément, les auteurs cèdent aussi à une manie actuelle: celle du clin d’oeil. Nom de pub évocateur, livre placé dans une vitrine de libraire, ou toile de Magritte au mur, c’est très maladroitement qu’ils font allégeance à la Ligne claire et à l’humour anglais. Dommage.

Et le scénario? Captivant dans les premières pages, il se complexifie à l’envie au fil de l’intrigue, en puisant à l’évidence son inspiration dans un film de série B: Les monstres de l’espace. Réalisé en 1967 par Roy Ward Baker, ce film met son héros, le professeur Quatermass, un physicien qui n’est pas sans rappeler Mortimer, aux prises avec un engin extraterrestre caché dans les sous-sols du métro. Visiblement, les scénaristes ont une culture plus télévisuelle ou cinéphile qu’issue du neuvième art.

Néanmoins, ils optent pour un parti pris assez jouissif: faire passer le capitaine Blake et le professeur Mortimer au deuxième plan, et mettre en lumière, dans le rôle principal, l’infâme Colonel Olrik ; auquel Edgar P. Jacobs s’identifiait, parait-il, bien plus que dans les deux justiciers.

Du coup ce vingt-deuxième album se déguste avec curiosité et gourmandise, comme un cigare nouveau à la provenance inhabituelle, et, malgré la légère amertume qu’il laisse, n’est pas inintéressant. Il permet d’attendre le prochain retour de nos héros ; personnages d’autant plus infatigables qu’ils sont devenus des rois de l’édition.

Blake & Mortimer will return… By Jove !

 

Frédéric Brun

 

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L’onde Septimus
Blake & Mortimer Tome 22,
de Jean Dufaux, Antoine Aubun et Etienne Schréder
Editions Dargaud, 72 pages, 15,25 €