Cartier ? Bien sûr, le diadème étincelant de la reine d’Angleterre. Evidemment la broche flamant rose stupéfiante de la duchesse de Windsor. Et les colliers chic de la princesse Grace de Monaco. Et l’extraordinaire bracelet en platine et cristal de roche de Marlène Dietrich. Et les diamants énormes de Liz Taylor. Tout cela se trouve exposé au Grand Palais. Comment en serait-il autrement pour une rétrospective imaginée par la Réunion des Musées Nationaux sur l’histoire de cette maison de haute joaillerie toujours à l’avant-garde des modes et à l’élégance tellement française ?

Mais au gré des vitrines de l’exposition, judicieusement présentée de façon thématique plutôt que chronologique, en dépit d’une scénographie inutilement complexe et baignée d’éclairages trop kitsch pour la maison de la rue de la Paix, les messieurs débusquerons des merveilles de raffinement dessinés pour les hommes les plus élégants de leur temps.

A mi-chemin entre le bijou et l’instrument fonctionnel, empruntant aux arts décoratifs de leur époque autant qu’au savoir-faire de la joaillerie, ces objets intimes témoignent d’une époque où l’on enfermait ses cigarettes dans des étuis d’or, où l’on se faisait dessiner des ornements de capots de voiture en or, argent et émail, où les briquets se paraient de galuchat et de coquille d’oeuf, où les cravates se fixaient avec des épingles scintillantes, où l’on voyageait avec des nécessaires, où l’on faisait marquer à son chiffre de diamant ses jumelles de théâtre ou pour le champ de course, où les pendulettes avaient la mystérieuse pudeur de faire disparaître leur mécanisme, où l’on faisait graver sur le couvercle d’une boite d’or l’itinéraire d’une croisière, avec une pierre précieuse de couleur différente figurant chaque escale, rien que pour en garder le souvenir.

Pêle-mêle, l’inventaire mentionnera les objets de bureaux, avec des encriers précieux aux couleurs chatoyantes, aux émaux rares, aux pierreries précieuses, aux godrons ciselés, aux facettes guillochées. Frères jumeaux des minaudières des dames, ils seront d’inspiration égyptienne, orientale ou chinoise, selon les millésimes. Touche-à-tout, Cartier peut réaliser, sur mesure, tous les rêves. « Ne cherche pas à décrocher la lune pour l’offrir à une femme, va plutôt chez Cartier. » glissait malicieusement Frédéric Dard dans un dialogue. A son bureau, Noël Coward se sert d’un ouvre lettre dont le manche est un petit réveil. La photo du mariage de Barbara Hutton avec Cary Grant est placée dans un cadre d’or gris aux coins d’onyx. De minuscules pendulettes s’accrochent aux capuchons de stylos ou aux poignets de chemises par la grâce d’une paire de boutons de manchettes.

La montre est évidemment l’une des pièces de choix chez Cartier. Certes, ce n’est que très récemment que le bijoutier s’est mis à fabriquer ses mouvements. Qu’importe. En inventant  pour son ami l’aviateur Alberto Santos-Dumont une montre sportive et robuste tout en restant précieuse, fixée au poignet par un bracelet de cuir, Louis Cartier transforma l’usage du garde-temps pour le faire entrer dans l’époque moderne, tout comme Paul Poiret libéra la femme de son corset. Dans les rigueurs de la Grande Guerre, il puisa l’inspiration géométrique de la Tank, lancée en 1917. Une montre si étonnante et chic que le gentilhomme et dandy Bonni de Castellane ose la porter avec la redingotte, que le général Pershing l’arbore sur les champs de bataille, que Rudolf Valentino ne la quitte pas sur les plateaux de tournage au risque d’un criant anachronisme. Elle devient un accessoire de séduction, et la Belle Otéro note dans ses carnets : « Un homme qui possède un compte chez Cartier ne peut être considéré comme laid. »  Chinoise, Obus, Basculante, Asymétrique ou simplement classique, voire « Must », elle habille les poignets de Georges Pompidou, de Paul Morand, d’Yves Saint Laurent, de Steve McQueen, Gary Cooper, Andy Warhol, César, Alain Delon, Duke Ellington ou Truman Capote.

Car la maison, créée à Paris en 1847 et installée à Londres dès 1902 puis à New York en 1909, a toujours su être parfaitement dans son époque. Plusieurs objets de dimension historique sont montrés au Grand Palais. L’étui à cigarettes gravé du Général de Gaulle – lequel rédigea le texte de l’appel du 18 juin dans les bureaux de Cartier à Londres, mis à sa disposition par Jacques Cartier – voisine avec une broche de la Libération figurant un oiseau tricolore libéré de sa cage, succédant à ceux en cage, placés en vitrine, rue de la Paix, du temps de l’Occupation, ou encore les bâtons des maréchaux Pétain et Foch, les vainqueurs de la Grande Guerre, aux étoiles d’or sur velours bleu de France, mais aussi l’épée d’académicien de Jean Cocteau ou la reproduction miniature en or du module lunaire Apolllo 11, offert à Michael Collins par le journal Le Figaro.

Puisant dans l’histoire pour montrer que la griffe incarnée par une panthère a forgé un style plus qu’une marque, l’exposition du Grand Palais, présentant innovations et créativité du « bijoutier des rois », affirme une définition très française du luxe ; celui de l’audace, de la fantaisie et de l’imagination, avec l’élégance de la joie de vivre.

 

Frédéric Brun

 

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Exposition « Cartier, le style et l’histoire »
Jusqu’au 16 février 2014
Grand Palais
3 avenue du Général Eisenhower
75008 Paris
01 44 13 17 17
Tous les jours de 10h à 20h, sauf le mardi.
Nocturne le mercredi jusqu’à 22h.
Tarif normal 12 €, réduit 9 €