Les adorateurs du Parrain et de Scarface ayant usé jusqu’à la corde les sillons de leurs DVD (et les répliques allant avec) vont pouvoir se refaire une virginité. Uppercut à la mâchoire et trente-six chandelles à la clé. Car les 700 pages de l’autobiographie du truand Jon Roberts contiennent plus d’adrénaline, de sang, de transgression et de dope que tous les films de Coppola, De Palma et Scorcese réunis.

Né Riccobono, Jon Roberts grandit à la fin des années 1950 à New York dans l’ombre d’un père officiant comme homme de main de la mafia. Son credo ? « Le mal est plus fort que le bien ». Le fiston l’adopte à son tour. Premières arnaques, premiers règlements de comptes… Plusieurs années passent avant que la police ne l’intercepte. Roberts a alors le choix : c’est la prison ou le Vietnam. Il choisit l’action. Mieux, rechignant à côtoyer le faible niveau intellectuel de l’unité à laquelle il est affecté, il choisit d’intégrer une section d’élite. Trois années durant, il rampe dans les rizières, « nettoie » des villages et apprend à « écorcher » l’ennemi. Il évite de peu la folie.

À son retour, plus endurci que jamais, Roberts reprend là où il l’avait laissée son escalade dans la pyramide du crime. D’abord avec l’ouverture de nightclubs permettant de blanchir de l’argent sale. Puis, à la fin des années 1970, en important lui-même la cocaïne depuis la Colombie. Il devient ainsi l’un des piliers du cartel de Medellin aux Etats-Unis. La stratégie implacable qu’il met en place donne le tournis.

Lorsque les pistes d’atterrissage secrètes ne suffisent plus, il utilise celles de l’armée ! La police de Floride, soudoyée, l’aide à transporter la poudre. Cet amateur de belles mécaniques roule en Thunderbird 57 décapotable, en Cadillac El Dorado ou en Porsche 911 Turbo (dotée d’une propulsion d’air évidemment trafiquée), et fend les flots à bord d’une Cigarette 35 baptisée Mistress. Officiellement, il travaille dans l’immobilier…

Les plus belles femmes sont à ses pieds, il élève des chevaux de courses, trinque avec des juges et côtoie la jet-set – dont il méprise la vacuité. Les scènes où il remet à leur place comme n’importe quel quidam les acteurs James Caan et Robert Duvall (oui, les piliers de la trilogie Le Parrain !) sont littéralement jouissives. Cette irrésistible ascension le conduira jusque dans l’entourage de George Bush père, et notre homme sera même courtisé par… La CIA. On l’aura compris, au-delà d’une simple compilation complaisante de méfaits, l’épopée de cet American Desperado est aussi celle, éminemment politique, d’une société hypocrite et malade, où personne n’est innocent.

Mené par un style sec et sans artifices, le récit est habilement entrecoupé de précisions apportées par celui qui interviewa longuement Jon Roberts, le journaliste et co-auteur Evan Wright (Rolling Stone, Vanity Fair), infirmant ou recoupant au besoin les propos d’un homme parfois tenté par l’exagération ou l’amnésie volontaire. Le virtuose du crime aura eu le temps de tenir entre ses mains la somme de ses confessions avant de décéder d’un cancer, en 2011. L’acteur Mark Wahlberg devrait l’incarner prochainement sur grand écran. Un film d’action, à n’en pas douter.

 

Guillaume Tesson

 

51lTFNh9PWL

American Desperado
Jon Roberts et Evan Wright
13eNote Editions
704 pages – 25,95 €