Royal : la maison Fabre apparait au générique du prochain film sur la princesse Grace de Monaco et vient d’ouvrir une boutique à Versailles. Fondé en 1924, le gantier de Millau ne se contente plus de fournir les maisons de haute couture et défend une vision inventive du savoir-faire traditionnel français.

La famille Fabre a le cuir dans la peau et le goût d’entreprendre chevillé au corps. Il fallait de l’audace pour relever le gant, dans les années 80, et continuer de produire dans l’Aveyron. Les ateliers de la Maison Fabre sont alors bien loin de leur splendeur d’antan, lorsqu’ils comptaient, vers 1955, plus de trois cent cinquante artisans. Etienne, l’arrière-grand-père, avait démarré en 1924 une petite production de gants de chevreau blanc dans sa maison des rives du Tarn. Prenant de l’ampleur il s’installe au cœur de Millau.
Son fils, Denis, reprend l’affaire après la guerre. La concurrence est vive ; le gant est alors un accessoire indispensable. Le crispin gris est de rigueur dans les cérémonies, les officiers comme les premiers communiants montrent pattes blanches, et on demande la main de sa fiancée en gants couleur beurre frais. Un élégant ne sort pas sur le boulevard sans son chapeau et ses gants de pécari.

Les modèles de la Maison Fabre sont classiques, avec de bons fournisseurs de peausseries, mais Denis a deux atouts majeurs : une finesse de coutures reconnue et sa femme. Déterminée, Rose Fabre fait la conquête de la haute couture et fournit Christian Dior, Jacques Fath, Givenchy, Lanvin ou Hermès. Dans Belle de jour, Catherine Deneuve habille ses mains de gants hauts Maison Fabre griffés YSL. Malgré tout, les caprices de la mode et les crises économiques font péricliter le secteur. Le gantier est à deux doigts de la faillite. Louis Fabre maintient à bout de bras sa petite entreprise. Une persévérance qui porte aujourd’hui ses fruits. Depuis 1997 Jean-Marc et Olivier Fabre, ses fils, sont aux commandes. Sous leur impulsion, les collaborations avec les grandes maisons sont renouées, et une ravissante boutique ouvre en 2008 au Palais-Royal.

Dans cet écrin : chevreau, agneau, mouton, et, bien sûr, pécari. Les peaux les plus souples habillent toutes les mains. En plus des gants aux prix très raisonnables, dont le modèle Auto, rappelant Jean-Louis Trintignant au volant de son bolide de course dans Un homme et une femme, et décliné en de multiples teintes et matières, la Maison Fabre propose désormais des éditions limitées de bougies et de carnets de note odorants. L’arrivée de gants parfumés, dans la grande tradition des maîtres gantiers parfumeurs du XVIIème siècle est déjà annoncée.

Pour l’heure, on jettera son dévolu sur la ligne de petite maroquinerie en agneau imprimé d’un motif inspiré des avant-gardes russe, dessiné par Zina de Pagny. Cette gamme monogramée, joyeuse et très raffinée, propose, outre les habituels porte feuilles, des serviettes pour ordinateur ou des pochettes pour tablettes fort bien conçus. En matière de modernité, la Maison Fabre n’est pas près de jeter le gant.

 

Frédéric Brun

 

Maison Fabre
128-129 Galerie de Valois
75001 Paris
01 42 60 75 88
Du lundi au samedi 11h – 19h
Cour des Senteurs
8, rue de la Chancellerie
78000 Versailles
01 39 63 27 10
Du mardi au samedi 10h – 19h
Dimanche 12h – 19h