Vingt deux heures avaient sonné, les pupilles s’accomodaient de mieux en mieux à l’atmosphère tamisée des lieux, les basses de la sono ronronnaient comme un harem de chats géants lorsque le jury composé uniquement de Grands Ducs (Thierry Richard, président, entouré de Nathalie Gastone, Emery Doligé, l’auteur de ces lignes ainsi que Léa, la directrice artistique du cabaret), fut invité à rejoindre le canapé de velours calé face à l’estrade, cette petite scène fichée d’une barre de métal, pour le moment nue, en attente de la sensualité à venir. La Onzième Nuit des Débutantes du so chic cabaret parisien pouvait commencer.

Elle allait offrir à sept femmes non professionnelles de la pole dance, à leur entourage, au public et au jury le frisson de l’effeuillage. Il y eut – peu importe dans quel ordre – la peau ébène de Jane, le troublant jeu de jambes d’Aline (toute de dentelles noires parée), le corps à corps fusionnel de Dirty Duchesse avec la barre… Mais aussi le corset récalcitrant de Ginger (« les petites maladresses, ce charme de la débutante » entendit-on dans le jury), les sourires désarmants de candeur de Kyoko à l’adresse du public, et le dos tatoué d’Anna. Au-delà d’une heure du matin, après le numéro d’effeuillage burlesque créé pour l’occasion par la sensuelle Galliane, le jury pouvait ranger ses stylos, la nuit s’étirer jusqu’aux lueurs de l’aube.

Debout près du bar, celle qui remporta la majorité des suffrages de cette édition, Marine, distribuait des sourires. Elle expliquait ses études de sociologie, l’habitude de « danser trop vite » qu’il avait fallu dompter. Et on avait décidément du mal à quitter des yeux celle qui, une heure ou deux plus tôt, promenait sa nonchalance boudeuse sur l’estrade au son de Goldeneye, occupant l’espace d’autorité, le menton levé, fière mais le regard perdu et plein d’absence, d’une sérénité lascive qui nous manquait déjà.

 

Guillaume Tesson

Photos (c) Emmanuel Vivier et Edouard Mazaré.