Ou comment porter les cornes avec élégance.

 

Apogée de la thématique « 24h du Mans, mitaines mi cuir mi crochet, blouson cintré en agneau plongé & voiture de sport vintage », le chronographe bracelet du tournant sixties-seventies, malgré la très riche (et souvent très quiche) iconographie qui l’entoure, n’est jamais qu’un chant du cygne.

La révolution du quartz allait très vite remplacer Mac Queen par Mac Fly, la veste d’enduro et le chrono éjectés en beauté par le Levi’s et la Casio.

Il y avait pourtant du lourd, question imagination, chez les horlogers des sixties officiant dans le chronographe :  tout était possible pour se singulariser au milieu d’une offre pléthorique, y compris porter des cornes.

Imaginons la scène : vous êtes un gentleman driver (sic), vous allez boucler quelques tours de circuit, Votre dernière conquête va contempler vos exploits depuis le paddock. Pour l’impliquer dans l’action (ou vous faire mousser, rayez la mention inutile), prêtez lui votre chronographe bracelet, elle va mesurer vos (mirifiques) performances.

Le chronographe en question est un tête de boeuf (prononcez « bullhead ») : pour évoquer le chronographe classique des commissaires de piste, quelques malicieux faiseurs ont simplement décalé d’un quart de tour antihoraire le calibre de leur chrono, dont les déclencheurs émergent désormais du boitier à 10h30 et 1h30, comme des cornes sur une tête de bovin. Avec ce cocktail si tarte de banalité et naïveté propre aux sixties, que la nostalgie nous rend charmant, la terminologie « bullhead » est entrée dans la légende horlogère.

A l’usage, c’est d’une inutilité confinant à l’indispensable, vous n’êtes aprés tout pas homme à vous servir d’un bête minuteur pour peaufiner la cuisson des coquillettes. Et puis, comme vous le susurre  votre nouvelle petite amie (appelons la Tatiana) en vous rendant le chrono à l’issue de votre dernier tour de piste : « chéri, vous portez si bien les cornes… »

 

Frank Pistone

 

    Acheter une bullhead    
Deux options, le vintage, ou le neuf.
En vintage : trois horlogers connus pour leurs bullheads, Omega, Breitling et Seiko/Citizen. De 7 000 € à 10 000 € pour l’Omega, relativement courante, entre 300 et 800 € pour les Japonaises (de plus en plus recherchées). La Breitling chronomatic « pupitre », moins connue et moins diffusée, voit elle aussi sa côte frémir mais on en trouve encore en dessous de 5 000 €.
En neuf : Omega réinterprête sa bullhead, avec un calibre coaxial, et la diffuse en ce moment en édition très limitée dans ses boutiques phares, après une sortie remarquée au SIHH 2013 (7 100 €). Seiko est également toujours sur le créneau, avec une abordable et jolie bullhead quartz introuvable en France (les Grands Ducs vous diront où la dénicher, autour de 350 €) mais aussi l’intrigante « spacewalk » (+- 30 000 € à condition d’en trouver une) ou la sublime Izul à calibre springdrive (5 000 €).