Il paraît que la presse écrite va mal. Ambitionner de faire sortir des rotatives un nouveau titre sans compter sur des investissements publicitaires solides ou l’influence d’actionnaires puissants relèverait, dit-on, de l’utopie. Un tel coup de folie serait encore plus vain pour quiconque revendiquerait par ailleurs une totale liberté de ton. Pire : tout le monde prédirait aujourd’hui l’échec d’un titre prétendant s’attarder sur des sujets pas vraiment « grand public » et donc trop peu croustillants pour créer un buzz immédiat…

Bien heureusement, certains n’ont que faire de la morosité ambiante. Adrien Bosc (déjà aux commandes de la Revue Feuilleton qu’il a créée. Pas mal à seulement 28 ans…) et Victor Robert (Canal +) se classent dans cette catégorie. Pour le plus grand bonheur des fondus de sport qui aiment qu’on leur raconte de belles histoires, le duo a fondé la Revue Desports, « le premier magazine de sport à lire avec un marque page ». A mi-chemin entre journalisme et littérature, l’ovni Desports renoue avec une tradition chère à des figures comme Albert Londres et Antoine Blondin en régalant ses lecteurs de reportages et autres formats longs grâce à de belles plumes qui se mettent au service du jeu.

Le troisième opus de ce semestriel bien senti brosse avec gourmandise le portrait de Ted Williams, un des plus grand batteur de l’histoire du baseball, tour à tour pilote de chasse durant la seconde guerre mondiale et icône des Boston Red Sox. Le lecteur replonge également dans les dernières années d’une Yougoslavie unie par les JO d’hiver de 1984 à Sarajevo, dont les installations sont parfois devenues des planques de choix pour les snipers lors des conflits ultérieurs. Tout aussi succulent, l’entretien de Benoît Heimermann avec un Woody Allen plus heureux que jamais à l’idée de ne pas être obligé de parler une nouvelle fois de Freud, Bush ou Bergman. Le plongeon « dans l’ombre de la gloire » proposé par Frédéric Roux sur ces « figurants » et autres « losers magnifiques » que sont les sparring partners de la boxe vaut lui aussi le détour. Entre mille autres sujets.

Nul doute que les récits du prochain numéro de Desports (qui se concentrera sur le football, Coupe du Monde oblige) mériteront également un sérieux coup d’œil.

 

Thierry Richard

 

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Plus qu’une revue, Desports est avant tout un beau livre que vous ne trouverez qu’en librairie.
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Le n°3 est toujours disponible et le n°4 est attendu pour la mi-mai
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