« Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,
En sorte que, selon le terrain et le vent,
Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent
Interceptés ! – et nous aimions ce jeu de dupes… »

Comme le dit si bien Verlaine (au vent mauvais), les fêtes galantes sont associées à une insouciante légèreté. Une sensualité doucement espiègle de jeunes gens qui se tournent autour au fond d’un bois.

Genre mineur de l’histoire de l’art, inspiré des pastorales vénitiennes et flamandes du XVIe siècle, il apparaît pourtant aux yeux de nombreux artistes de l’époque comme un inestimable espace d’expression. Jeune donc épargnée par l’académisme et ses règles strictes, libérée de toute obligation de message explicite, la fête galante laisse à l’artiste une grande latitude créatrice.

Dans le sillage de Watteau, qui popularise ce genre dans la France des Lumières, beaucoup de peintres vont modeler ces saynètes romantico-bucoliques selon leurs envies : Jean-Baptiste Pater décuple leur érotisme en y glissant les cuisses rosées de baigneuses, pendant que Boucher la transporte dans un décor exotique. Le pinceau agile et audacieux du divin Fragonard, dernier à s’y intéresser à la fin du XVIIIe siècle, résume toutes les potentialités d’un genre qui, sous ses airs frivoles, raconte finalement une autre histoire de l’art, libre et audacieuse. Comme des amoureux, au fond d’un bois.

 

Edgar Levison

 

Musée Jacquemart André
158 boulevard Haussmann
75008 Paris
Jusqu’au 21 juillet.
Ouvert tous les jours de 10h à 18h
Nocturnes le lundi et le samedi jusqu’à 20h30
De 10 à 12 euros.
http://www.musee-jacquemart-andre.com/