Peut être me suis-je enflammé lors de l’épisode précédent, égaré par la douleur de voir le moindre pécore porter un bracelet NATO.

Ce bracelet que l’on portait entre initiés et dont on s’échangeait les adresses de fournisseurs sous le manteau, il y a encore quelques mois. Ce bracelet qui faisait de moi un commando special boat service au milieu des pékins, quand je commandais mon spritz à San Remo, Rolex bien en vue comme tout le monde, mais seul nato au milieu des oysters. Ce bracelet qui n’était pas seulement un signe d’appartenance à une minorité de « connoisseurs » mais aussi et surtout un aide-mémoire au poignet : souviens toi que la réalité n’est pas la pose mais l’action.

Et voilà que les mêmes qui se sont jetés dessus l’été dernier pour frimer au bar de Vianotte à Porto-Vecchio le renient soudain à coup de blogs lifestyle et de sentences definitives: « le nato c’est has been », « le nato c’est fini », j’en passe et des plus trendsetteuses. Une bonne raison pour moi d’y revenir, à ce bracelet, et certainement pas la seule.

Le G10 (parce que le nato ne s’appelle pas nato mais G10 du nom de l’appel d’offres du Ministry of Defense britannique qui lui a donné naissance). D’ailleurs, un peu d’histoire ne nous fera pas de mal. Ce bracelet né aux heures chaudes de la guerre froide n’avait qu’une seule vocation : attacher au poignet du pilote de V bomber de la RAF le chronographe Lemania de dotation, attacher au poignet du commando SAS l’Omega Broad Arrow de dotation. Le verbe « attacher » prend ici tout son sens car il s’agit de ne pas perdre la montre : matériau sans noblesse, le nylon apporte la solidité, et, surtout, la conception monobrin qui permet de souder les pompes au boitier. En effet, ce n’est pas tant le bracelet G10 qui rend la montre « imperdable », mais le fait que les pompes soient soudées…

Peut être faut il aussi porter le coup de grâce à la légende du régiment : officiellement, il n’y a jamais eu de G10 aux armes d’escadrilles ou de régiments de sa gracieuse majesté (et au passage, le strap de Sean Connery dans Opération Tonnerre n’était pas un G10) : tout cela relève du folklore et de ce talent si Britannique pour le business.

Au final et malgré les modes et démodes je vais porter un G10 orange sur ma Rolex Milgauss GV cet été, à moins que ce ne soit sur ma Seiko Monster. Parce que c’est classieux, et parce que je ne perdrai pas la tocante en plongeant dans ma rivière Corse ou dans une embuscade à coup de Get 27-Orrezza au Shankâ Bar de Porto Vecchio…

 

Frank Pistone

 

    Quelques conseils d’usage    
– Il y a G10 et G10 : ils ne se valent pas tous en qualité, loin s’en faut, d’un bracelet souple et portable dans l’eau à un bout de nylon rêche qui vous donnera de l’eczéma, tout est dans le choix du bon fournisseur. Les préférés des Grands Ducs sont miros-time.de pour un nato classique, timefactors.com pour un vrai G10 angliche et regimentalshop.com pour des couleurs bigarrées.
– Les pompes : si vous ne portez pas un Submariner Royal Navy avec les pompes soudées, mais que vous souhaitez porter votre montre sur un G10, gare au choix des pompes. Il faut des pièces robustes et G10-compatibles, sinon perte certaine de la montre.
– Le fond : les G10 marquent les fonds de montre, pensez à vous fabriquer une pastille autocollante plastifiée pour le protéger.
– Vous allez souvent dans l’eau : choisissez un G10 en perlon tressé, c’était le choix de la marine nationale pour ses Tudor de dotation.
– Et enfin, de grâce, par pitié, le petit bout de brin qui dépasse, REPLIEZ LE VERS L’INTERIEUR !