L’équipe de France de tennis affronte ce week-end sa voisine suisse pour ce qui pourrait bien être un des plus grands moments du sport hexagonal de ces dernières années. Sauf si les Helvètes l’emportent. Ce qui serait encore plus beau…

La Coupe Davis et le coq, une sacrée histoire d’amour. Et même lorsque l’on n’est pas mordu de la balle jaune ou de sport en général, il faut avoir un cœur de pierre pour ne pas être ému en repensant à des images à jamais gravées dans l’imaginaire collectif et dans l’Histoire du sport bleu-blanc-rouge.

Petit coup d’œil dans le rétro. Noah qui bondit de sa chaise de capitaine pour aller relever un Guy Forget déjà en pleurs quelques secondes seulement après son dernier coup gagnant face à Sampras en 1991. Arnaud Boetsch qui offre le point de la gagne à l’issue d’un dernier acte suffoquant (7-6 puis 10-8 lors des deux derniers sets) le 1er décembre 1996 à Malmö. Nicolas Escudé qui exulte sur le gazon de Melbourne où les Australiens étaient pourtant largement favoris en 2001. Comment donc ne pas frémir à l’idée de revivre de telles émotions (à revoir ici), en imaginant Arnaud Clément et ses hommes offrir à la France son quatrième saladier d’argent depuis le début de l’ère Open ce week-end ? Là aussi, il faudrait avoir un cœur de pierre…

Oui mais voilà, depuis hier, les Français s’opposent à une équipe qui compte dans ses rangs un homme qui mérite à lui seul que l’on ait (presque) envie de voir les Bleus perdre cette finale : Monsieur Roger Federer. En effet, quiconque aime les grandes histoires de sport devrait s’émouvoir en voyant ce champion hors-norme soulever un trophée qui manque à son palmarès, ainsi qu’à celui de son pays (une seule finale de Coupe Davis disputée par la Suisse, perdue face aux Etats-Unis en 1992).

La France, cette si belle perdante

À 33 printemps, « Rodgeur » se situe toujours au firmament du tennis mondial. Mais il faut raison se faire, en regrettant que cela soit bien l’hiver de sa phénoménale carrière qu’il survole avec tant de brio aujourd’hui. Alors oui, comme une ultime partition offerte par le virtuose à son public, pour la beauté du sport, pour un ultime hommage à ce revers absolu, pour que l’Histoire imprime sur papier glacé l’image du mythe Coupe Davis embrassée par la légende (vivante) Federer, il faut que la Suisse l’emporte.

Certes amers, les Français entreraient, eux aussi, dans la légende intégrant le panthéon des équipes de France parfois si grandes lorsqu’elles sont battues. La bande à Platini (Mondial de foot en Espagne, 1982) et, plus récemment, celle de Nicolas Batum (Coupe du Monde de basket 2014), savent de quoi on parle…

Aux côtés d’autres légendes

Avouons-le : une finale historique car perdue en mondovision face à l’équipe de celui dont John McEnroe a dit un jour que « le regarder jouer, c’est comme admirer une œuvre d’art », il y a pire comme revers de la médaille d’argent. Et puis, après tout, cela compte aussi dans un palmarès d’avoir su accompagner un seigneur des courts vers l’un de ses plus grands succès. En entonnant le Cantique suisse, Coupe Davis en main et larmes aux yeux, Roger Federer rejoindrait définitivement les Michael Jordan, Mohamed Ali, Ayrton Senna, Carl Lewis et consorts à la table des légendes du sport (même si, entre nous, il y dîne sûrement depuis quelques années déjà…).

Le scénario idéal ? Un match couperet face à une opposition assez héroïque pour pousser le Suisse dans ses derniers retranchements. Bref, une de ses parties qui façonnent les grandes victoires…et les belles défaites.

 

Allez la France, quand même…

 

Damien Guillou