L’exposition du jeune Russe joue astucieusement avec les codes du cinéma ; on dirait la place Vendôme, noire et silencieuse, avant le braquage de la bijouterie par Alain Delon dans Le Cercle rouge. On dirait les rues de Hong-Kong, inhabituellement désertes, avant que ne survienne la chasse à l’homme dans le PTU de Johnnie To. On dirait ces nuits incertaines où peuvent surgir les envoyés de la « black lodge » dans Twin Peaks. Bref : quand Tim Parchikov prend des photos, immanquablement, c’est au cinéma que l’on pense. Un cinéma noir, poisseux, sensuel et menaçant.

Ici, les chaises sont vides, les ombres se découpent sur les murs, les routes se perdent dans les bosquets du prochain virage. Chez Parchikov, tout semble toujours sur le point de basculer. Le temps se dilate, l’attente devient interminable, les secondes ralentissent avant que ne surgisse… quoi ? A nous de l’imaginer. C’est là tout le talent de ce trentenaire : arriver, en une seule image, à élaborer un univers pénétrant et à suggérer toute une histoire en s’appuyant sur nos habitudes visuelles – cinématographiques surtout. Des couleurs ouatées aux cadrages elliptiques (sans oublier la belle scénographie, entre ombre et lumière), tout concourt à fabriquer ce fameux « suspense » promis par le titre de l’exposition. Et lorsque l’on comprend qui sont réellement les victimes de cet engrenage machiavélique, il est trop tard : nous voilà pris au piège.

 

Edgar Levison

 

Exposition Tim Parchikov à la Maison Européenne de la Photographie
5, rue de Fourcy,
75004 ParisJusqu’au dimanche 30 novembre
Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 20h
De 4 à 7 euros
Copyright images : © Tim Parchikov