Je vous soulage immédiatement d’un fardeau : celui de l’habituel publireportage que l’on vous sert lorsque toute discussion horlogère aborde la plongeuse de l’honorable maison Blancpain.

En toute franchise, lorsque Tatiana, avisant votre 50 Fathoms, va vous balancer à la figure un « mais comment, chéri, ce n’est pas une Rolex Submariner ?! », votre premier réflexe sera de vous justifier en lui expliquant les prétendus exploits de Bob Maloubier et de ses Barbouzes du commando Hubert. Et pourtant, on ne devrait jamais porter une montre en pensant « reconnaissance sociale », ni se justifier (d’ailleurs, un commando de barbouzes ne devrait pas non plus s’appeler Hubert, question de crédibilité, et pourtant…)

Il est vrai que la Blancpain 50 Fathoms a toujours vécu dans un relatif anonymat :  on la connait, vintage ou actuelle, mais on la connait mal. C’est un tort qu’il faut réparer séance tenante car au gré de ses nombreuses itérations depuis les années 50, elle a toujours été une vraie plongeuse crédible et bien plus qu’une simple alternative à sa concurrente de chez Rolex, auquel on la compare inévitablement.

Ses nombreuses versions à vocation militaire des années 50-60, parfois emboîtées chez des sous-traitants, avaient la pureté du propos pour principal charme : on se souvient des marquantes versions « no-radiation » (elles auraient été conçues pour la marine de guerre polonaise) et des versions disposant d’un témoin d’humidité sur le cadran (ambiance guerre froide garantie). Puis vinrent des temps troublés pour Blancpain comme pour l’horlogerie helvétique : la 50 Fathoms s’est embourgeoisée et éloignée de sa vocation originelle, peut-être pour plaire aux oligarques post-soviétiques restés fidèles à la marque. Cette errance et cette rupture dans son ADN ont un temps fait sombrer la plongeuse Blancpain dans l’ombre des Rolex Submariner, à l’évolution plus limpide, quasi marmoréenne.

Mais aujourd’hui, Tatiana, révise tes classiques de demi-mondaine : depuis le début du XXIe siècle, la pureté du propos est revenue, que ce soit sur la 50 Fathoms classique, l’irrésistible réédition de la version « no-radiation » (et son logo nucléaire) ou la récente bathyscaphe, réinterprétation toute en épure du concept originel. Alors que le best-seller de Rolex a doublé de prix en quinze ans, la 50 Fathoms n’a jamais été aussi séduisante et mérite de prendre une revanche amplement méritée.

 

Frank Pistone

 

    Pour en savoir plus    
Les modèles d’époque, avec leur calibre Anton Schild, relèvent d’un achat complexe : les itérations sont multiples, pas toujours faciles à identifier, pas toujours aussi recherchées et cotées qu’on ne le croit. De surcroît, la 50 Fathoms a souvent vu son emboîtage sous-traité (sous licence) pour répondre à la demande militaire : pensez aux Tornek-Rayville de l’US Navy, par exemple. Le principal danger est d’acheter un bitza de plusieurs montres. Un achat avisé c’est par contre la garantie de porter une montre au charme presque surréaliste, a fortiori avec un strap « période », mesh ou tropic.
Les modèles actuels (1990- 2014) sont dotés d’un calibre de manufacture et relèvent d’une logique différente (d’aucuns diront « desk-diver », et c’est péjoratif). Pour autant, les 50 Fathoms du début des années 2000 sont irrésistibles. Plus onéreuse – mais l’exclusivité est à ce prix – la bathyscaphe actuelle est sublime, à condition d’adhérer au propos mi-vintage mi-épuré . A noter : la fiabilité est désormais irréprochable, ce qui n’était pas toujours le cas voici quelques années.
Notre choix : une 50 Fathoms d’occasion  de +/- 2005 sur bracelet bund caoutchouc. Une cote raisonnable pour un futur collector, c’est sans doute le moment d’acheter.