Printemps 1955. Une nouvelle radio émet depuis quelques semaines : Europe n°1. Lucien Morisse, directeur artistique et fan de jazz, rêve d’une émission quotidienne le soir consacrée à son genre musical préféré. Il imagine Frank Ténot à la tête de ce rendez-vous. L’homme a trente ans, une allure de Grand Duc. Président du Hot Club de France, il officie comme secrétaire de rédaction au magazine Jazz Hot, traîne avec Boris Vian dans les clubs, devient ami avec Daniel Filipacchi et créé avec lui Jazz Magazine. Mais Frank Ténot derrière un micro, ce n’est pas du goût du patron de la station. Il lui préfère Filipacchi, leur propose de faire l’émission en alternance. Le programme sera présenté… par les deux hommes en même temps.

« Pour ceux qui aiment le jazz » devient un incontournable d’Europe 1, un moment de grâce animé par un duo de passionnés. Deux hommes qui se tutoient à l’antenne et tutoient leurs invités. L’émission perdure jusqu’en 1971. L’an dernier, à l’occasion de la sortie du film « L’écume des jours », Franck Ferrand consacrait une de ses émissions (« Au cœur de l’histoire ») à Boris Vian. En ce début d’après-midi très chaud, la voix de Vian face à Ténot et Filipacchi retentissait une nouvelle fois. Comme si c’était hier… Ténot et Filipacchi, ce fut aussi « Salut les copains » et un groupe de presse puissant Hachette-Filipacchi (Paris Match, Photo, Pariscope…). Et en petite musique, toujours et encore le jazz.

Pour Frank Ténot, le jazz est sacré. Il a découvert cette musique à la radio, a consacré sa vie professionnelle à cet art et ne vibre que pour cette note bleue. Il a connu les plus grands, de Ray Charles à B.B. King. Il fut l’ami de Duke Ellington, de John Coltrane ou encore Count Basie. Il a accumulé les disques, évidemment. Et a réalisé son rêve en 1999. Une radio 100% Jazz. Avec Jean-François Bizot (qui dirige le groupe Nova), il créé TSF Jazz. Sa discographie alimente l’antenne. Des passionnés viennent partager leurs connaissances, leurs émotions, pendant que les musiciens défilent au micro pour quelques mots, quelques notes. En 2004, Frank Ténot disparaît, un jour froid du mois de janvier. Six mois auparavant, dans la Pinède de Juan-les-Pins, je découvrais Joe Zawinul, le trio d’Esbjorn Svensson, la voix de Dee Dee Bridgewater. Mes oreilles se formaient et pour la première fois ma voix se posait sur les ondes. Fréquence 89.9. TSF Jazz.

 

Eva Roque

 

Un des indicatifs de  » Pour ceux qui aiment le jazz » :