Coup de fil d’un Grand Duc : « J’ai demandé à un ami de me rapporter des cigares de Cuba, en lui précisant bien de les acheter en boutique officielle. Mais un type l’a baratiné dans la rue et je me retrouve avec une boîte de Cohiba à 100 €. C’est louche ou pas ? ».

A priori, oui.

Voici donc…
 
Ces 5 signes qui doivent alerter :
 
Le lieu d’achat. Laisseriez-vous des touristes s’offrir le meilleur des Bourgogne sur un parking sans ticket de caisse ni un minimum de garantie sur la provenance de votre bouteille ? À Cuba, les revendeurs à la sauvette hantent les lieux touristiques et les environs des Casa del Habano, seuls endroits officiels où mettre la main sur d’authentiques habanos. Pour éviter toute méprise à la douane, les prix sont officiellement fixés sur les cigares et une facture est soigneusement remise à l’acheteur pour attester de leur authenticité. Auprès d’un revendeur, la transaction s’effectue discrètement. On marchande et fait baisser le prix. Sans savoir ce que l’on achète.

Le prix. Cent euros la boîte de 25 Cohiba Maduro 5 Genios ? Le Havanoscope, bible du havane mise à jour chaque année par L’Amateur de Cigare nous indique qu’elle coûte plutôt 367€ à Cuba (et 550 € en France, soit 22 € le cigare).

La boîte. Nombre de faux cigares sont conditionnés par trois, par cinq, dans de petits coffrets en bois… Revenons à notre Grand Duc. Sa boîte est laquée, jolie… Tiens, l’autocollant Cohiba est un peu de travers… Et… Par la barbe de Fidel ! Il manque, au dos, le code indiquant le mois et l’année de fabrication ! Poursuivons notre investigation.

Les bagues. Quasi identiques aux originales mais un œil averti décèlera rapidement la supercherie. La couleur noire y est moins soutenue. A cela il faut ajoutons que les mauvais alignement des bagues d’un cigare à l’autre. Impensable avec une boîte officielle.

L’aspect des cigares. Ici, la couleur de la cape est bien maduro, c’est-à-dire fauve/sombre, mais on distingue parfois de grosses nervures. Le contrôleur qualité d’une manufacture aurait refusé les cigares, dont l’aspect se doit d’être irréprochable. La tête – la partie que l’on coupe avant dégustation – est d’un cigare à l’autre grossièrement terminée. Lorsqu’on vérifie au toucher l’homogénéité du remplissage, on constate quelques endroits plus « mous » que d’autres. Là encore, mauvais signe. À l’allumage, pourtant, le cigare se révèle très correct, épicé, terreux, boisé, avec des notes cacaotées délectables… La combustion est homogène. La cendre est impeccablement étagée, blanche, gage de l’utilisation d’un tabac bien fermenté et vieilli. Impossible de vérifier toutefois si la liga, l’assemblage du cigare, est rigoureusement la même que sur les vrais Maduro 5. S’agirait-il de modules ayant échappé au contrôle qualité d’une vraie manufacture ? On peut dire que notre Grand Duc l’a échappé belle. Il aurait pu se retrouver avec des feuilles de tabac hachées ou pire, des feuilles de bananes séchées…

Conclusion ? Si l’on ne peut reprocher à certains cubains de vouloir améliorer un quotidien compliqué au contact de touristes disposant d’un pouvoir d’achat en béton armé, ne vous laissez jamais convaincre par qui que ce soit dans la rue. N’achetez donc vos cigares que dans une Casa del Habano.
Notre Grand Duc peut-il pour autant garnir sa cave à cigares avec ces nouveaux venus ? Non ! Pas avant d’avoir placé les cigares trois jours au congélateur. Car, oui, tous les « vrais » cigares sont congelés puis décongelés sur place avant export et mise en vente pour exterminer les derniers lasiodermes qui auraient survécu à la fumigation. Placer directement dans son humidor des havanes à l’origine douteuse, c’est se retrouver à coup sûr avec des cigares grignotés par ces petits intrus minuscules, donc infumables…

Guillaume Tesson

Liste et adresses avant votre départ en les trouvant sur Internet  :
http://lacasadelhabano.com/web/index.php/en/franchises/search-franchises