Jusqu’au 7 février, le Musée d’Art Moderne consacre une exposition à l’un des artistes les plus emblématiques du XXème siècle. Son nom est devenu synonyme de la pop culture et ses œuvres, des boîtes de conserve aux portraits de Jackie Kennedy, sont devenues mythiques. Mais qui est vraiment Andy Warhol ? Qui se cache derrière l’image controversée du génie-escroc ? Comment a-t-il su aussi précisément saisir les attentes des Etats-Unis des années 1960 ?

Malheureusement, l’exposition ne s’attarde pas à essayer de comprendre l’engouement autour d’Andy Warhol, pas plus qu’elle ne remet en cause les vertus artistiques d’un carton Heinz rempli de boites de conserve que l’on peut aussi bien acheter en magasin. Andy Warhol expliquait que ses œuvres n’étaient pas de l’art, qu’elles n’avaient pas d’originaux et qu’elles pouvaient se reproduire à l’infini. Hélas, ces thèmes cruciaux de l’art contemporain sont survolés. Et nulle trace de Marilyn, Elizabeth ou Mona Lisa pour nous consoler.

En effet, le but de l’exposition tient en un mot : Shadows. Il s’agit d’une peinture monumentale du pop artist, composée de 102 tableaux qui déclinent deux motifs très proches en différentes couleurs. Réalisée en 1978-79, elle est pour la première fois présentée en intégralité en Europe. Impressionnante dans ses dimensions, elle clôt l’exposition. Au départ, les Shadows devaient être exposés seuls. Ce qui les précède survole poussivement les multiples facettes de l’œuvre pléthorique de l’artiste. On s’attarde toutefois sur la connivence méconnue de Warhol avec le cinéma (il filme ses amis en gros plan, donnant ainsi au public « l’opportunité de ne regarder que la star pendant aussi longtemps que vous voulez (…) et la dévorer à loisir ») et la musique (il réalise vers 1966 une œuvre d’art total autour des chansons de Velvet Underground). Si vraiment vous êtes un passionné, vous pouvez visionner pendant plus de 8 heures un plan fixe de l’Empire State Building. Après tout, chacun occupe ses journées comme il l’entend.

Cette exposition paresseuse n’est donc pas une rétrospective exhaustive. Beaucoup de pièces iconiques manquent à l’appel et malgré le papier peint représentant une vache rose sur un fond jaune particulièrement joyeux, on en sort un brin maussade. Lot de consolation : de nombreuses citations d’Andy Warhol ouvrent les différents espaces du Musée d’Art Moderne et sont souvent truculentes. Par exemple, en parlant des fameuses toiles de Shadows : « Non, ce n’est pas de l’art. Vous voyez, on passait de la musique disco durant le vernissage, j’imagine que ça en fait un décor disco ». La messe est dite.

 

Louise Bollecker

 

Warhol Unlimited au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Du 2 octobre 2015 au 7 février 2016
Du mardi au dimanche de 10h à 18h ; nocturne le jeudi jusqu’ 22h
Plein tarif : 12€
A (re)lire : Walter Benjamin, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique
Où manger dans les environs : Antoine