Niché au beau milieu de l’Atlantique, l’archipel des Açores demeure encore méconnu des voyageurs. Une anomalie, tant ses îles si attachantes conjuguent paisiblement variété de paysages qui régalent les yeux et de bonnes surprises qui flattent les papilles.

Sondez votre entourage. La plupart de ceux à qui vous ferez référence aux Açores évoqueront quasi automatiquement le fameux anticyclone qui porte son nom. Sitôt évincée cette histoire de pression atmosphérique que l’on nous rabâche à chaque bulletin météo, il n’y aurait pas grand chose à raconter. C’est sans compter sur les perles qu’offrent les Açores. Si loin et si proche à la fois (à un peu plus de 2h heures d’avion de la capitale lisboète), ces petits bouts de Portugal océanique méritent que l’on s’y attarde bien plus que pour connaître la force des vents ou de la pluie en approche sur le Vieux Continent.

De l’eau, il n’en manque pas autour des neuf îles qui composent l’archipel. La sensation est d’ailleurs assez étrange lorsqu’à quelques encablures de São Miguel, l’avion semble entamer un amerrissage. Mais c’est bien sur la terre ferme que le voyage débute, avec une bouffée d’air iodée et verdoyante venant saluer le visiteur à peine arrivé sur le tarmac.

Si le bleu de l’océan n’est jamais bien loin (São Miguel, la plus grande île, ne compte que 747 km2, soit 11 fois moins que la Corse), d’autres couleurs prennent magnifiquement le relai. Et c’est d’abord l’abondance de vert qui frappe. Des plantations de thé dans les alentours de Ponta Delgada (capitale et ville la plus active de l’archipel) en passant par les hauteurs de l’île de São Jorge, le dégradé est parfois saisissant. Certaines visions ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les plaines irlandaises ou les paysages côtiers de la péninsule de Coromandel, en Nouvelle-Zélande.

 

Couleurs en forme(s)

Sur l’île de Pico, les escapades s’enchaînent sur un sol volcanique où la noirceur subjugue jusqu’à portée d’océan. Après l’avoir observé avec délectation, il est alors temps d’honorer le Ponta do Pico, un volcan de 2351 m qui saura vous rappeler que le plus haut point de vue de la dorsale médio-Atlantique se mérite… Les yeux et les mollets repus, on découvre alors à quel point la pierre volcanique sait se faire généreuse au-delà des sentiers (non) battus. Elle est en effet agréable, la surprise de découvrir un vin blanc à la vivacité océanique dont les vignes vieillissent… sur du basalte. Joyau parmi les perles, la paisible et mystérieuse Pico est définitivement unique.

La nostalgie de s’en éloigner un peu ne dure cependant que le temps de rejoindre une autre île de l’archipel en bateau (histoire de saluer quelques baleines si vous avez de la chance…). (Re)prenez São Jorge par exemple. Vallonnée à souhait, cette ode à la marche se jette dans l’océan de manière aussi vertigineuse que délicate. Vues et falaises à couper le souffle ou piscines naturelles, dans lesquelles on a simplement installé une échelle pour accéder à l’eau, sont un bonheur. Comme un énième appel au dépaysement de l’esprit, le seul endroit d’Europe où l’on cultive le café (si, si !) conclue idéalement le voyage. Dernier frisson, le coucher de soleil sur le port de Velas (à observer depuis la piscine du Cantinho Das Buganvilias) nous rappelle que les Açores méritent plus qu’une escapade de quelques jours. Prendre le temps, souffler, s’évader, explorer d’autres (re)coins confidentiels : une invitation à honorer. Et le plus vite possible…

 

Promesses gastronomiques

 

La meilleure période (et la plus Grands Ducs !) pour se rendre aux Açores

Les 10 jours à partir de l’avant dernier week-end de juin. Pour la douceur de l’été qui approche sans l’afflux des touristes (bien que celui-ci ne soit jamais violent) ? Oui, mais pas que… En effet, depuis 4 ans, le 10Fest réunit à cette période 10 grands chefs internationaux (certains étoilés) pour autant de dîners d’exception. Le concept créé par les équipes de l’Anfiteatro (Ponta Delgada) : former les meilleurs apprentis de la région qui, durant tout l’événement, accompagnent leurs maîtres d’un jour, dont le challenge est de préparer une carte composée avec des produits locaux. « Une expérience unique et la possibilité de cuisiner des mets que je n’avais jamais testés », confie Pierre Sahut (La Gauloise, Paris 15e) qui, pour cette édition 2015, s’est essayé aux patelles, ou encore à la fraîcheur de « l’ananas complétement fou » qu’il a découvert sur place. Pour l’accompagnement, on vous confirme ce qui est écrit plus haut : le blanc de Pico est un régal ! Quelques bonus bien sentis par ailleurs avec, cette année, des ateliers cocktails originaux et les somptueux chocolats de Lauren Haas.

 

L’expérience culinaire à ne pas manquer

Le cozido du Terra Nostra Garden Hotel, qui revisite cette recette familiale (une sorte de pot-au-feu local) en la laissant mijoter 6h à 7h sous terre (!) grâce à l’activité volcanique et aux sources chaudes qui sévissent à Furnas (île de São Miguel). Aussi fou à voir sortir de terre que délicieux. Une balade dans le superbe parc de l’hôtel suivi de quelques brasses dans un immense bassin d’eau chaude assurent la digestion.

 

Damien Guillou