Dans un alignement presque parfait, sous spi asymétrique, l’élégante silhouette futuriste des 15 Wally présents aux Voiles de Saint-Tropez se profile au large de la mythique plage de Pampelonne. Ciel bas, mer acier et vent de 15 nœuds, une météo chagrine qui n’a pas découragé les propriétaires de ces voiliers course-croisière grand luxe. Au contraire, les Voiles de Saint-Tropez affichent une participation record depuis la création de la série en 1999.

Au virement de la bouée au large, cette flotte compacte avale, en moins d’une minute les spis de plus de 500 m2. La manœuvre sur ces bateaux de 24,50 à 33 m s’exécute en douceur, dans le seul chuintement de l’étoffe. L’horizon alors s’hérisse de triangles noirs, grandes voiles de carbone habillant un mât de 40 m ou plus, immenses génois étarqués aux winches électriques. Les 15 ou 20 équipiers s’installent en souplesse au vent, jambes en dehors de la coque pour compléter le contrepoids qu’exercent les quilles effilées dotées d’un bulbe de deux dizaines de tonnes et plus, à 5 m de profondeur. A l’avant rien n’entrave les manœuvres sur les ponts de teck, grands, dégagés et plats comme un terrain de jeu. A la cellule arrière, le propriétaire à la barre, une règle impérative pour les régates de Wally, et un régleur de voiles sous le vent, l’œil rivé sur la bordure du génois. L’arrière du bateau, à 2,50 m au dessus de l’eau est ouvert sur l’océan, tel un mini 6.50 de compétition.

A bord du « Genie of The Lamp » qui vient de fêter ses 20 ans, deux seuls winches assurent la manœuvre de ce coursier conçu pour un seul homme. Unité à l’origine de la création du très select Wally club, c’est le 3e des 47 Wally à voile, imaginés par Luca Bassani et déjà construits. « C’est à la fois un bateau de croisière confortable, un voilier pour sortir la journée et un pur-sang de compétition très affuté » explique SAR le Prince Charles de Bourbon des Deux-Siciles.
Ce passionné de voile s’est enthousiasmé en 2007 pour le concept des Wally basé sur quatre exigences : design, nouvelles technologies, rapidité, confort. « J’ai toujours fait de la compétition et je suis fasciné par les nouvelles technologies » raconte pour sa part, Luca Bassani. « Je connaissais tous les champions et me renseignais sur toutes leurs nouveautés avant de concevoir, en 1991, un 83 pieds en bois moulé et carbone, y compris le mât, qui a été une innovation à l’époque. Il y avait juste eu un proto en Nouvelle-Zélande ». Baptisé Wallygator, « ce bateau très confortable marchait comme une bombe » poursuit l’homme d’affaires italien qui a ainsi donné naissance aux Wally, en collaboration avec les plus grands architectes navals comme German Frers ou Bruce Farr.

Aux Voiles de Saint-Tropez cette année, Magic Blue, un modèle de 2002 appartenant à Lindsay Owen-Jones (ancien dirigeant de l’Oréal) s’est imposé dans le trophée BMW par sa régularité dans les 5 régates courues. Malgré sa vitesse à toutes allures, « Open Season » le plus grand des Wally avec 32,55 m et dominateur en temps réel, n’a rattrapé qu’une partie de son rating en se hissant sur la 3e marche.

 

Patricia-M. Colmant

 

Voiles de Saint-Tropez