Il est courant de ne voir en Mercedes que la bourgeoisie discrète ou la fiabilité de métronome d’automobiles un rien ennuyeuses. Ce serait oublier les incursions, certaines en période trouble, de la marque à l’étoile dans les compétitions routières. Un homme fut l’un de ses chefs d’orchestre : Rudolf Uhlenhaut.

Ingénieur d’exception doublé de talents de pilote et de metteur au point, la légende veut qu’il eut été plus rapide que Juan-Manuel Fangio lors des essais de la W196 sur le Nürburgring au milieu des années 1950. Si l’homme aimait piloter, il semble qu’il ne voulait pas mettre sa vie en danger dans les jeux du cirque qu’étaient alors les compétitions automobiles. Il ne prendra le volant sur les circuits d’essai que dans le cadre de la mise au point d’exemplaires routiers ou de compétition.

Acteur majeur du développement du programme sportif Mercedes pendant la période 1930-1950, il réussira le tour de force de faire réaliser et pouvoir utiliser comme véhicule de fonction une version à peine civilisé de la 300 SLR des 24 heures du Mans, elle même dérivée de la W196, appelée à postériori Coupé Uhlenhaut. Pour se représenter l’engin, il suffit d’imaginer les dessous de la plus performante des Formule 1 de l’époque habillée d’un costume sur mesure en aluminium, et une vitesse​​ de pointe, quasi surréaliste pour l’époque, de près de 300km/h. Les échappements vociférant comme des canons et crachant des flammes au ras des portières de l’engin n’y sont certainement pas pour rien dans la surdité qui touchera Rudolf à la fin de sa vie. On comprend aussi qu’avec de tels jouets à disposition, ce petrolhead ne possédera finalement aucune voiture de sa vie.

L’homme a repoussé les limites de la conservatrice firme dans le domaine des véhicules de série. S’il n’en fut pas l’instigateur, il fut le défenseur d’un assemblage contre nature, celui du V8 6.3L de la Größe 600 dans une aristocratique classe S W109. En offrant des performances au niveau des meilleurs Grand Tourisme de l’époque associé au confort de la marque à l’étoile, il n’est pas étonnant que la 300 SEL 6.3L soit devenue la monture favorite de la plupart des pilotes de Formule 1 de l’époque. Il est en cela le précurseur de toute la gamme AMG actuelle, ces discrètes et presque austères berlines renfermant un coeur de hot rod.
Grace lui soit enfin rendu !

 

Arnaud Bulteau