Fauché en plein vol. Frédéric Bazille aurait peut-être connu la gloire qu’il méritait s’il n’avait pas été tué un jour de novembre 1870, banalement, par deux balles prussiennes, à 28 ans. Entre mélancolie et tendresse, l’exposition du musée d’Orsay promène le visiteur dans la jeunesse de l’impressionnisme… Rafraîchissant au passage cette période artistique que l’on connaît si bien. Les jeunes talents de 1860 s’y côtoient sous nos yeux. Ils semblent si vivants, ces tableaux, si pleins d’anecdotes aussi, que l’on ne serait pas étonné d’y croiser, au détour d’une salle, Bazille et Monet, Cézanne, Renoir, Maître, Manet et les autres…

Le jeune peintre se dévoile à travers sa correspondance et ses albums de dessins, ses amitiés et ses questionnements. De ses travaux, on retiendra ses portraits – d’amis, beaucoup, ses vues d’ateliers aussi, qui sont autant de témoignages de son temps, ses nus modernes, audacieux car masculins, sujet délaissé par ses contemporains et sur lequel il s’entendra à merveille avec Cézanne, dont on peut d’ailleurs admirer l’un des imposants baigneurs. Ce sont aussi les natures mortes, qu’il peint faute de moyens pour payer ses modèles. On assiste alors à une belle confrontation entre les amis Monet, Manet et Bazille, qui composent différemment à partir des mêmes sujets : poissons, hérons et autres trophées de chasse. Passionné de musique, le jeune peintre, s’il est moderne dans sa touche, est un romantique dans l’âme, vouant un culte à Chopin, Schuman et Berlioz. Mais, par-dessus tout, Bazille et ses amis représentent une génération, celle de la lumière. Elle envahit les salles, et l’air aussi : c’est la peinture sur le motif, et l’on retrouve dans le chef-d’œuvre du jeune peintre, La réunion de Famille, les vues brillantes de son Languedoc natal, les textures, les « figures au soleil », selon le bon mot de Berthe Morisot, qui voisinent avec Le déjeuner sur l’herbe et les études de Monet. Au fil des salles, Frédéric Bazille retrouve ainsi la place qu’il mérite, parmi les grands peintres impressionnistes.

Puis, le doute. Que serait-il arrivé si Bazille avait vécu ? Quelques mois à peine avant de s’engager, il peint Ruth et Booz, tirant son sujet de la Bible et d’un poème de Victor Hugo : « Le croissant fin parmi ces fleurs de l’ombre… ». Bazille peint la nuit, s’oriente aussi vers une manière plus stylisée, synthétique. Ses lettres de l’époque traduisent son agitation, il n’est pas heureux de son travail, se torture l’esprit à la recherche d’une perfection qu’il ne pourra jamais atteindre. « Je ne peux pas mourir », disait-il pourtant la veille de sa mort au front. « J’ai tant à faire encore. »

 

Elsa Cau

Frédéric Bazille (1841-1870) La jeunesse de l’impressionnisme.
15 novembre 2016 – 5 mars 2017
Musée d’Orsay, 1 rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
Nocturne jusqu’à 21h45 le jeudi.
Plein tarif : 12 €