Le Centre Pompidou consacre une rétrospective au peintre surréaliste belge René Magritte jusqu’au 23 janvier. Très complète, l’exposition présente les chefs-d’œuvre de l’artiste, les affiches réalisées dans le cadre de son métier de publicitaire et ses réflexions sur le surréalisme. 

René Magritte, Décalcomanie, 1966, © Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, Adagp, Paris, 2016

L’œuvre de Magritte mérite d’être (re)découverte pour de nombreuses raisons, à commencer par son style pictural même. D’une grande simplicité, le trait du peintre capture les scènes avec l’exactitude d’une photographie. Hormis de rares exceptions où il emploie couleurs chatoyantes et touche légère, Magritte propose des compositions où règne la clarté des couleurs et du motif.

René Magritte, Le blanc-seing, 1965, © Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, Adagp, Paris, 2016

C’est sur cette simplicité de forme affichée que se construisent les situations surréalistes si caractéristiques de Magritte. Refusant la supériorité des mots sur les images, à l’inverse de bon nombre de ses pairs surréalistes, le Belge ne conçoit la peinture et l’écriture qu’en duo. Il donne ainsi un sens à beaucoup de ses toiles grâce au titre de chacune, peint à la fois les choses et leur nom, réalise de folles mises en abyme entre la toile que l’on observe et celle qui est peinte sur le tableau. Symboles, lettres, polysémie des mots, associations d’idées, métaphores, points de vue… Malgré leur complexité intellectuelle, les tableaux de Magritte sonnent souvent comme des évidences pour le visiteur qui aura réussi à se délester de son esprit rationnel – le surréalisme n’est-il pas une « dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale », tel que l’expliquait André Breton ?

Au-delà des merveilleux jeux de mots et d’images de l’artiste, l’exposition permet aux aficionados d’aller plus loin en abordant les liens entre Magritte et la philosophie. Sa réflexion profonde sur l’art et plus largement sur la pensée humaine est passionnante : on croise aussi bien Platon et sa caverne, Pygmalion ou Pline qu’Hegel et Foucault. Toute l’exposition a pour vocation de proposer une relecture du travail de l’artiste par le prisme de la philosophie. Le néophyte se concentrera sur les toiles, l’expert plongera dans une réflexion plus large.

René Magritte, Les merveilles de la nature, 1953, © Photothèque R. Magritte / Adagp, Paris, 2016

Le commissaire Didier Ottinger a ainsi réussi le pari de conjuguer la beauté des toiles et la profondeur des mots. Cela aurait certainement plu à René Magritte.

 

Louise Bollecker

 

« René Magritte. La trahison des images » au Centre Pompidou
Du 21 septembre 2016 au 23 janvier 2017
Ouvert tous les jours sauf mardi de 11h à 21h, nocturnes jusqu’à 23h les lundis et jeudis