Elizabeth Regina règne sur le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et sur les royaumes du Commonwealth depuis le 6 février 1952. Sur terre, sur mers et dans les airs, mais aussi sur la route. Si le char de l’Etat navigue sur un volcan, Sa Majesté se déplace avec grâce mais sans plaque d’immatriculation, ni bruyante escorte à bord de très désirables limousines. Des automobiles britanniques, indeed. La série de Netflix « The Crown » donne un éclairage sur l’entrée en fonction de la souveraine avec une grande précision dans la reconstitution. Les amateurs de voitures anglaises seront servis sur un plateau. Ils pourront réviser leurs classiques en voyant apparaître le couple princier au Kenya à bord d’une élégante Riley décapotable, se laisser impressionner par Churchill descendant de sa limousine Humber Pullman, ou par le Duc de Windsor faisant  quelques incursions à bord d’une Rolls-Royce Silver Wraith. Il est donc temps de faire un inventaire de l’écurie royale. Le garage de Sa Majesté ? Ne dites pas cela. Préférez « écurie », car selon l’appellation officielle les automobiles royales sont sous la responsabilité du « Royal Mews ». Depuis 1952, elles sont identifiables à leurs livrées bicolores, bordeaux – « Royal Claret » pour les puristes – et noires, et leurs attributs royaux : blason, pavillon et armoiries chiffrées sur les portières.

Et si c’est la reine qui est à bord, la mascotte de calandre est une statuette de Saint-Georges terrassant le dragon, emblème personnel de la souveraine. Roule, Britannia.

 

Limousines Daimler et Lanchester

L’une des seules erreurs historique importante de la série « The Crown », du point de vue automobile, est l’apparition de certains membres de la famille royale à bord de Rolls-Royce. La méprise est assez fréquente et commune. Le film Le discours d’un roi (Tom Hooper, 2010), avec Colin Firth en George VI surmontant son handicap de diction, n’y échappait pas non plus. La famille royale en Rolls-Royce ? Impensable à l’époque. D’une part parce que le « Royal Warrant » de fournisseur automobile de la couronne a été octroyé en 1902 à la plus vénérable et ancienne des firmes britanniques : Daimler. Ensuite, parce que jusque dans les années 1950, la marque Rolls-Royce est entachée aux yeux de la haute société anglaise du péché de vanité. Elle est vue comme ostentatoire et nouveau riche, impression renforcée par les usines de production installées par Henry Royce à Springfield aux Etats-Unis.

La famille royale se déplace donc à bord de hiératiques limousines Daimler ou Lanchester, seconde marque du groupe plus tard racheté par Jaguar. Et les plus fins observateurs noterons bien que, lorsqu’elle descend de l’avion qui la ramène du Kenya à la mort de son père, la toute nouvelle reine prend bien place à bord de la limousine officielle, une Daimler Straight Eight.

 

 

La Daimler DS 420 Limousine

La famille royale restera toujours attachée à la marque puisque, outre la Daimler Double Six série III que conduit elle-même Elizabeth II dans sa propriété de Sandringham, la reine mère possèdera, quant à elle, cinq Daimler DS 420 Limousine. Produite de 1968 à 1992, cette auto ample et distinguée aura une belle et longue carrière, avec un certain succès auprès des cours royales – elle est toujours en usage au Luxembourg, en Suède et au Danemark, par exemple – des institutions ou des grands hôtels. James Bond s’offre même une petite virée très rapide dans Londres à son bord dans Demain ne meurt jamais.  Un titre qui convient assez bien à Daimler ; blason de luxe de Jaguar dont il se murmure qu’une nouvelle version pourrait bientôt voir le jour.

 

 

Les Rolls-Royce Phantom IV

En 1950, peu après son mariage, la jeune princesse Elizabeth reçoit en cadeau une superbe voiture d’apparat : une Rolls-Royce. Ce sera la première d’une longue lignée. Très amateur de voitures, le prince Philip n’est pas étranger à l’affaire. Son oncle, le très raffiné Lord Mountbatten, amateur de la marque depuis l’avant-guerre, lui a fait connaître les délices de confort et de silence de ces autos.

La voiture n’est pas commune, puisqu’il s’agit d’une Phantom IV. Plus exactement de la première des seulement dix-huit Phantom IV, l’une des plus fabuleuses voitures produites par la firme. Réservées aux têtes couronnées ou aux chefs d’Etat, le Shah d’Iran, client de deux exemplaires, le général Franco et la maison d’Espagne, mais aussi le régent d’Irak, l’Agan Khan III, l’émir du Koweit, ou le roi Faisal II comptent parmi les heureux possesseurs de ces modèles. A l’origine, la voiture est commandée le 15 novembre 1948, après que le Prince Philip ait essayé à Crewe un prototype Bentley. Rolls-Royce comprend l’opportunité de fournir une auto à la fille aînée du roi George VI, appelée à régner.

La voiture, carrossée par H.J Mulliner en limousine sept places, est livrée au couple princier le 6 juillet 1950. Elle est de couleur Valentine Green, un beau vert, souligné d’un filet rouge sur les portières, avec des sièges gris à l’arrière et bleus à l’avant. Elle sera repeinte aux couleurs royales dès l’accession au trône en 1952.

En 1954, Rolls-Royce, pour fêter les cinquante ans de la marque, met à la disposition de la famille royale une deuxième Phantom IV, carrossée en Landaulet, c’est-à-dire avec la partie arrière décapotable. La Couronne achètera cette voiture en 1959.

Le 16 juillet 1954, c’est la princesse Margaret, comtesse Snowdon et sœur de la reine qui reçoit la sienne. Une Phantom IV noire avec un intérieur beige. Le siège conducteur est réglable en hauteur afin que la princesse puisse conduire elle-même, comme elle en a expressément fait la demande. Elle la conservera jusqu’en 1967…

 

(On vous laisse sur ce modèle mythique. En attendant la semaine prochaine, pour découvrir notre seconde fournée de limousine royales.)

Frédéric Brun