Dans un contexte économique que l’on qualifiera pudiquement de « difficile », la haute horlogerie aurait-elle perdu le goût de l’aventure ? On l’a vu au SIHH, les montres classiques et les anciennes collections remises au goût du jour occupent désormais le devant de la scène. Beaucoup de jolies pièces, très portables, donc désirables… mais qui peinent à surprendre. Pour un grand bol de fraîcheur et de créativité, il fallait s’aventurer dans le Carré des Horlogers, qui accueillait cette année 14 maisons indépendantes. Au menu : maîtrise et savoir-faire, bien sûr, mais aussi beaucoup de fun. Ouf.

 

MB&F. « HM7 Aquapod »
A ceux qui en douteraient, l’Aquapod est bien une montre. Curieux objet tout de même, inspiré d’une méduse, nous dit-on. De profil, la ressemblance est, en effet, frappante et, contre toute attente, la montre est agréable à porter. Totalement inédit, le mouvement à architecture verticale impressionne ; tout le reste intrigue. Et même à plus de 100 000 euros, les clients de MB&F en redemandent. C’est bien là l’essentiel.

 

H. Moser & Cie. « Swiss Mad Watch »
Après la Swiss Alp Watch, une montre en forme d’Apple Watch mais dont le mouvement est mécanique, la manufacture militante H. Moser dévoile cette année la Swiss Mad Watch, une montre 100% suisse dont le boîtier est en… fromage ! Une façon de protester avec dérision contre la nouvelle législation du Swiss Made, jugée « insuffisante et laxiste ». Experte en buzz horlogers, H. Moser sait aussi faire de très jolies montres. Un coup d’œil au reste de la collection suffit à s’en assurer. On aime particulièrement ses cadrans sans logo ni index.

 

Romain Jerome. « Eyjafjallajökull-DNA Burnt Lava »
Le volcan islandais au nom imprononçable fait son grand retour avec une montre dont le cadran est constitué de roche volcanique véritable. Son boîtier en acier rouillé stabilisé est associé à un bracelet en crapaud imitant à la perfection la lave solidifiée ! Pour les fans de jeux de plates-formes, Romain Jerome dévoile également une série limitée à l’effigie de Donkey Kong. Parce que s’amuser est une affaire sérieuse, la réalisation de ces montres continue de faire appel aux techniques traditionnelles de la haute horlogerie. D’où un prix qui dépasse allègrement les 15 000 euros.

 

HYT. « Skull Axl Rose »
Une montre à l’effigie du chanteur des Guns N’ Roses est-elle « Grands Ducs » ? Non, bien évidemment ! Mais là n’est pas le propos. Que la haute horlogerie puisse s’acoquiner avec le hard rock est un concept assez rafraîchissant pour être remarqué. Précisons que la marque HYT est la seule à proposer une lecture de l’heure à l’aide de fluides. Est-ce utile ? Non. Beau ? A vous de juger. Mais ça change, et c’est déjà beaucoup.

 

Urwerk. « UR-T8 »
Dans la catégories des montres-ovnis, voici l’UR-T8, lancée pour les 20 ans de la marque Urwerk. Son boîtier mobile pivote et se retourne sur lui-même, le mécanisme de l’heure étant alors dissimulé sous un bouclier de titane. C’est spectaculaire, mais la Reverso n’accomplit-elle pas le même « exploit » depuis plus de 80 ans ? Certes, mais la chorégraphie est ici beaucoup plus spectaculaire. Et du spectacle, on n’en n’a jamais assez !

 

Bertrand Waldbillig

 

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