Fruit d’une étonnante symbiose entre architecture, design et urbanisme, expression de l’une des réflexions théoriques les plus poussées sur le logement, nous avons voulu revenir sur l’un des joyaux de la carrière d’architecte du Corbusier, dont l’œuvre a récemment été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Donnons-nous rendez-vous en Inde, à 250 km au nord de Delhi, dans celle que l’on peut considérer comme l’un des véritables défis de l’architecte franco-suisse : Chandigarh, dont il a réalisé les plans sur la base des travaux d’Albert Mayer. En ces murs d’une enceinte aux saveurs d’utopie, les castes indiennes et les religions semblent ne plus avoir d’impact. Hindous, musulmans et sikhs se partagent les espaces résidentiels et les zones dédiées à la politique, au travail et à l’échange. Quel est le secret d’une telle osmose ?

Construite après l’indépendance du pays en 1947 et très vite considérée comme un îlot de richesses et de bien-être, Chandigarh constitue la parfaite réponse aux cités-jardins à l’américaine. A l’inverse des villes dans lesquelles chaque modification s’ajoute aux précédentes et s’adapte sur des corps urbains anciens de plusieurs siècles, Chandigarh a été pensée dans son ensemble avant l’arrivée de ses hôtes. Elle fait, à l’époque, état de ville ultime, pensée dans sa globalité mais surtout ouverte à tous et libérée des traditions du passé. La quête de Chandigarh a toujours été d’être cosmopolite et dépourvue de clivages sociaux.

Initialement conçue pour 150 000 habitants, la ville en compte désormais plus d’un million. Tous les logements, jusqu’aux moins onéreux, sont équipés d’une salle d’eau et de l’électricité, élevant le niveau de vie de familles parfois très pauvres. Si religions et castes ne constituent pas les préoccupations majeures des habitants, la scolarisation des enfants à la même école publique n’y est certainement pas étrangère. Cette particularité, ajoutée aux différentes universités prestigieuses que compte la ville, lui permet de revendiquer un taux d’alphabétisation élevé (97%) de même qu’une reconnaissance internationale. Cet écrin urbain renferme un cinéma, divers commerces, jardins, parkings, terrains de jeux, ainsi qu’un dispensaire par secteur.

L’important système de voiries a également été pensé en amont et hiérarchisé selon sept niveaux de circulation ; autoroutes, avenues, rue commerçantes, routes locales, chemins arborés, le tout permettant une circulation fluide, précise et adaptée aux besoins des résidents. A l’époque, de petits immeubles de brique dont la couleur a aujourd’hui disparu contrastaient avec la monochromie insufflée par le béton gris et garante de l’homogénéité architecturale de Chandigarh. Mais Le Corbusier ne s’est pas arrêté à la conception des plans de la ville. Haute Cour, secrétariat, école d’art, club nautique, assemblée, musées et galeries d’art sont autant de bâtiments sortis de son imagination.

La capitale des Etats indiens du Pendjab et de l’Haryana fait partie des dix-sept sites constituant l’œuvre du Corbusier classés au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis le 17 juillet 2016. Si l’auteur de la Cité Radieuse n’est plus, son œuvre demeure un hommage à une philosophie moderne de l’habitat ayant inspiré et défini les fondements de l’architecture contemporaine…

 

Matthieu Coin