L’Institut du Monde arabe propose une plongée au cœur de l’art moderne et contemporain arabe. À travers cent œuvres de la fondation du neveu d’un sultan émirati, l’histoire de l’art telle que nous la connaissons s’enrichit d’une nouvelle vision du monde.

Un collectionneur inspiré au secours de l’art arabe

Après Paul Durand-Ruel au musée du Luxembourg et Sergueï Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton, c’est au tour de l’Institut du Monde Arabe de rendre hommage à un brillant collectionneur, l’émirati Sultan Sooud Al Qassemi. Lancée en 2010, sa Fondation Barjeel regroupe déjà 1300 œuvres d’artistes originaires de tout le Moyen-Orient, dont 100 se dévoilent à l’IMA. Sultan Sooud Al Qassemi s’est donné pour mission de protéger les artistes arabes qui critiquent les régimes en place et de faire connaitre l’art de cette région du monde.

En effet, s’ils sont reconnus dans la sphère artistique, les artistes exposés par l’Institut du Monde Arabe seront pour beaucoup des illustres inconnus. C’est d’ailleurs la première exposition de la Fondation Barjeel en France. Selon les mots du commissaire de l’exposition, Philippe Van Cauteren, « toute histoire de l’art est un mensonge » : la première vertu de l’exposition est de donner une nouvelle perspective à notre vision occidentale de l’art moderne et contemporain, en y incluant les artistes du Moyen-Orient. On retrouve dans leurs œuvres des évolutions similaires à celles des mêmes périodes européennes, comme l’abandon progressif du réalisme, la distorsion des motifs vers l’impression et les ready-mades. Les toiles les plus anciennes portent encore la marque de l’Académisme occidental hérité de la colonisation. Ainsi, que le néophyte se rassure, il ne sera pas plus perdu devant ces toiles et ces installations que devant Kupka, Kandinsky ou Alberola.

 

 

Des œuvres nouvelles et une scénographie duelle

Si elles ne sont pas impénétrables, ces œuvres développent toutefois des caractéristiques propres à leur pays d’origine. À l’Académisme français se mêlent d’autres influences picturales venant de Perse ou d’Asie. La lutte pour la démocratie, la position du monde arabe, la religion et la mort sont autant de thèmes qui se répondent au fil des œuvres. Premier Israélien arabe à intégrer une école d’art à Tel Aviv, Asim Abu Shakra peint un cactus face à une ville israélienne ; l’Algérien Adel Abdessemed met en scène la démocratie à travers les pupitres d’un chef d’orchestre ; la Tunisienne Nadia Ayari peint un œil emprisonné pour dénoncer l’absence de démocratie…

L’exposition est construite en deux temps. Au premier étage, une scénographie classique et épurée ; au sous-sol, les œuvres sont disposées comme dans une réserve, à quelques centimètres les unes des autres. Si le premier étage aurait gagné à davantage de thématisation des œuvres pour aider à leur compréhension, le sous-sol est une réussite qui laisse le visiteur associer les œuvres entre elles. L’Institut du Monde Arabe réussit son pari d’ouvrir les yeux des amateurs sur la richesse de l’art arabe, trop injustement laissé pour compte.

 

Louise Bollecker
Photographies Barjeel Art Foundation

 

100 chefs-d’œuvre de l’art moderne et contemporain arabe. La collection Barjeel 
Institut du Monde Arabe
1 Rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V
75005 Paris
Mardi – Vendredi, 10h – 18h,
Samedi, Dimanche et jours fériés jusqu’à 19h
Tarif plein : 10 €