A l’heure du Brexit, voici un whisky qui n’a pas peur des frontières. Il les abolit au contraire, pour le bonheur de nos palais.

Le printemps est enfin là. Le moment de savourer d’un oeil expert l’éclosion des belles fleurs aux terrasses des cafés. Le Grand Duc averti complètera le tableau en commandant un scotch adapté. Glenmorangie pense à nous.

Avant d’entrer dans le détail, un point important à rappeler. Pour obtenir l’appellation whisky, une eau de vie doit, au minimum avoir passé trois longues années dans un fût. Celui-ci peut être jeune, vieux, grand, gros, espagnol, français, américain…et (presque toujours) en chêne. Si une grande partie des whiskies écossais vieillissent gentiment dans des fûts de bourbon américain, plusieurs distilleries choisissent le vieillissement de leur distillat dans des fûts plus…exotiques. Prenez le Xérès par exemple! Ce vin fortifié produit aux pieds des collines andalouses. Après avoir été stocké, il est embouteillé. Que deviennent alors les fûts? Expédiés en Ecosse, ils s’invitent dans les chais et deviennent les partenaires idéaux de bon nombre de single malt. On appréciera la rondeur et l’épice que procure le résultat.

Glenmorangie pousse le bouchon (en liège) plus loin. La distillerie du nord de l’Ecosse, propriété du groupe de luxe LVMH, étoffe sa gamme et propose une édition vieillie en barrique de vin de Madère. Le principe est simple : on constitue des fûts à partir de bois américain qui accueillent pendant deux ans le vin de l’île. Une fois que les fibres du chêne américain se sont imprégnées de la douceur vineuse de l’île, on vide le contenu pour le remplir de whisky. Après un temps de maturation respectable, le jus est embouteillé.

C’est un peu le mariage du chaud et du froid, du nord et du sud. De la rigueur écossaise avec la clémence et la beauté insulaire. L’effet de contraste demeure à la dégustation. Doux et sucré au nez sur des notes de chocolat blanc et de fruits, la bouche dégage ensuite une puissance sur le caramel, la pâte d’amande et les agrumes. La finale longue et onctueuse réveille des notes de poire. Un délice!

Qu’on ne s’y trompe pas, Glenmorangie ravira les Grands Ducs amateurs de sensations alliant force et douceur en un seul verre. Certains y verront même un clin d’oeil baudelairien, comme une invitation au voyage…depuis sa terrasse.

Yves Poupon

Glenmorangie Bacalta Private Edition – 46°
70cl – 85 €