Vous êtes de ceux qui pensaient l’inestimable capital sympathie de la belle dieppoise endormi à tout jamais ? C’était sans compter sur la passion de quelques irréductibles qui se sont donné le défi de ressusciter une aventure abandonnée en 1995, redonnant vie à celle qui invitait davantage à piloter qu’à conduire : l’Alpine A110.

Conçue par le visionnaire Jean Rédélé, Alpine est le fruit de la recherche de la voiture idéale pour conquérir avec la même facilité les cols alpins traîtreusement glacés du Rallye Monte-Carlo et les étapes poussiéreuses et suffocantes du Rallye de l’Acropole en Grèce. Les premiers modèles remplacent ainsi sa Renault 4CV personnelle qu’il avait engagée et préparée pour la course.

« C’est en sillonnant les Alpes à bord de ma 4 CV Renault que je me suis le plus amusé. J’ai donc décidé d’appeler mes futures voitures « Alpine ». Il fallait que mes clients retrouvent ce plaisir de conduire au volant de la voiture que je voulais construire » avait-il l’habitude de rappeler, ajoutant que « la course est le meilleur banc d’essai pour les modèles de série et que la victoire est le meilleur argument de vente ». L’année 1955, un pur-sang dédié au rallye est né !

En 1973, en marge de l’inauguration de la tour Montparnasse, du succès de Bebel dans Le Magnifique et de l’arrêt définitif du cinéma par Brigitte Bardot, la France se délecte du triomphe d’Alpine qui remporte cette année-là son premier Championnat du Monde des Rallyes, verrouillant pour la seconde année le podium du prestigieux Rallye Monte-Carlo !

Plus de 20 après la fermeture des portes de l’usine, l’A110 nouvelle génération fait ses premiers tours de roues. A la tête d’une petite équipe de 120 personnes passionnées aux compétences pointues, Michael van der Sande, directeur général d’Alpine, raconte les années de travail exigent qui a mené à une voiture sans excès, efficace et efficiente.

Ces hommes sont réunis autour d’un même objectif : injecter l’ADN d’origine d’Alpine dans la nouvelle A110. Ses atouts ? Un moteur central arrière, une propulsion extrêmement agile mais aussi une répartition des masses des plus équilibrées, de la légèreté, de la compacité, le tout donné pour un plaisir de conduite exacerbé.

Bien que les chiffres annoncés quant à leurs accélérations respectives soient similaires, la nouvelle A110 n’a pas vocation à affronter l’Audi S6 ou autres reines des voies rapides au sein même de leurs royaumes de prédilection que sont notamment les autoroutes allemandes. Non, son ultime zone de confort se situe là ou bien d’autres ne suivent plus, dans des routes exiguës et exigeantes dans lesquelles elle permet au conducteur de prendre un plaisir ultime à son volant, sans même entraver les limitations de vitesse métropolitaines.

Elle n’en est pas pour autant radicale et contraignante pour une utilisation quotidienne, la technologie agissant désormais de concert avec la mécanique pour assoir la polyvalence de la voiture, la rendant autant confortable au quotidien qu’elle en devient pointue lorsqu’il est question de tenir le pavé ou de négocier les virages.

Ultime argument de la polyvalence, le travail mené par les designers afin que les utilisateurs puissent entrer et sortir de la voiture facilement et élégamment quels que soient leur taille ou les vêtements portés (même en robe, donc !) La forme de pavillon est pensée de telle sorte à ce que le port du casque n’entrave pas l’évolution dans le véhicule avec aisance.

Le défi de passer outre les 20 ans de sommeil de la marque et de la faire renaître en identifiant l’équilibre nécessaire entre héritage et évolution a été relevé par Antony Villain, directeur du design Alpine, accompagné de son équipe. Loin des effets de mode, l’avenir idéal fera de la nouvelle A110 « un classique de l’automobile de 2047 » comme il se plaît à l’imaginer.

Côté esthétique, l’héritage assumé de la berlinette mène à de nombreuses évocations : la présence des quatre phares avant, les ailettes de la lunette arrière qui n’ont de but que l’esthétique -l’air nécessaire au moteur étant amenée par les entrées d’air situées à l’arrière des vitres latérales-, mais aussi les lignes globales du véhicule notamment par la virgule qui creuse les flancs au niveau des portières, jusqu’aux compteurs et aux sièges développés en partenariat avec Sabelt, qui se parent à cette occasion de cuirs matelassés au niveau des renforts latéraux.

« Sur le plan du style, nous croyons à la beauté de ce qui est fonctionnel » affirme Antony Villain, une phrase qui n’est pas sans me rappeler une discussion abordée avec Leonardo Fioravanti qui avait travaillé, en son temps, à la conception de Ferrari comme la Dino, la 308, la Daytona, la 288 GTO ou encore la F40, et qui célébrait l’importance de répondre de prime abord à la fonction qui mène irrémédiablement à la beauté de la forme.

Séduisante, légère, joueuse. Pour conserver ces trois qualités, la nouvelle A110 adopte une carrosserie entièrement réalisée en aluminium, des jantes OttoFuchs exclusives, des étriers de freins Brembo avec activateur de frein à main intégré, des suspensions à double triangulation et un système audio développé par le spécialiste français en la matière, Focal. A l’intérieur, l’aluminium côtoie cuir, carbone et Alcantara.

L’héritage de la petite bleue sera d’abord revendiqué dans une douzaine de pays d’Europe auxquels s’ajoute le Japon, Michael van der Sande s’étant montré agréablement surpris de découvrir la profondeur de la passion pour Alpine à l’échelle internationale.

Et demain ? Si la A110 remporte le succès escompté, Alpine pourrait traduire l’esprit lié à ce modèle sur l’ensemble d’une gamme, grâce à des modèles toujours fidèles à la raison d’être de la marque, entendons par là : la voiture la plus agile de son segment. Reste à savoir quelles seront les prochaines, du cabriolet à la version 4 places (modèles ayant existé à l’époque) en passant par le SUV, désormais incontournable…


Matthieu Coin
Photographies © Mathieu Bonnevie, AlpineLab, David Zu Elfe, Amy Shore, Marc Tran,  RM Sotheby’s

 

ALPINE A110 – VERSION SERIE
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