La Biennale d’art contemporain ouvre demain, le 13 mai, dans la Cité des Doges. Avec quelques temps d’avance, le milliardaire François Pinault a confié à l’artiste britannique Damien Hirst une exposition majeure présentée dans ses deux sites vénitiens. 

Le décor est impressionnant : plusieurs centaines d’œuvres, dont certaines sculptures mesurant près de 15 mètres de haut, réparties sur tous les niveaux et dans tous les recoins de la Punta della Dogana et du Palazzo Grassi, soit plusieurs milliers de mètres carrés sur le Grand Canal, l’un des lieux les plus visités au monde. Le scénario, hollywoodien, est en béton, tout comme les lignes intérieures de la Dogana redessinées par le starchitecte nippon Tadao Ando.

Imaginez donc : un mystérieux bateau vieux de 2000 ans, chargé de trésors, « The Unbelievable », tout un programme, aurait disparu en mer avant d’être retrouvé en 2008. La légende voudrait qu’il ait appartenu à Cif Amotan II, un ancien esclave turc affranchi et richissime entre le 1er et le 2e siècle après J.-C.

Hirst a réalisé un film digne des aventures de Cousteau narrant cette pêche miraculeuse au large des côtes de l’Afrique de l’est : des trésors de bronze, de marbre blanc, d’or et d’argent recouverts de coraux par milliers. Ainsi un bouddha de Jade, un monstre marin en bronze, un buste de Pharaon en granit bleu ressemblant à Pharell Williams, un anneau doré accroché au téton.

Les visiteurs sont ébahis. Où se trouvent-ils vraiment ? Dans une exposition de vestiges sous-marins ou dans une mise en scène habile signée par un artiste contemporain au passé sulfureux ? L’intitulé de l’exposition, « Trésors de l’épave de l’incroyable » (Treasures from the wreck of the Unbelievable) ne laisse pourtant planer aucun doute. Pour son premier solo show depuis 10 ans, Damien Hirst, l’enfant terrible de l’art contemporain, n’éprouve aucun besoin de berner les pèlerins qu’il sait bien informés. Il joue sur les codes de la société du spectacle, mettant en scène un Mickey recouvert de faux coquillages et d’algues en bronze, comme s’il le considérait comme totalement dépassé.

Toutes ces sculptures ont ensuite été façonnées pour donner l’illusion qu’elles ont passé des siècles sous la mer, comme s’il s’agissait d’antiquités sorties tout droit du fond des océans. Plus qu’une exposition, c’est un véritable spectacle qui propose un parcours à travers l’histoire de l’Humanité, chaque cartel accompagnant la féerie visuelle de références mythologiques,  théologiques et poétiques. Un storytelling version XXL, comme on dit aujourd’hui. Seuls les plus érudits pourront démêler le vrai du faux (disputes en vue !).

Comme toujours et particulièrement avec Hirst, il y aura de beaux esprits pour crier à l’abomination, à la disneylandisation de l’art . Une question qui ne semble pas pertinente, quand on se retrouve immergé au cœur de ce dispositif créatif d’un autre monde. Cette légendaire collection d’objets d’arts, immenses monstres marins en bronze, singes en or dévorant une banane, licornes et tortues, chevaux… pépites d’or, bijoux et bustes parmi lesquels il nous a semblé reconnaître Kate Moss ou Rihanna, est d’une dimension jamais vue.

Une chose est sûre, courez voir cette exposition inédite, que les collectionneurs, les Vénitiens, ou les empêcheurs de tourner en rond l’apprécient ou non. On assiste là à la naissance d’un objet artistique non identifié. Du grand spectacle, voulu et produit par l’un des collectionneurs les plus riches et les plus puissants de tous les temps et par l’un des artistes les plus célèbres qui joue là son grand retour, dix ans après la crise financière qui avait vu sa cote sombrer. Un pari audacieux en forme de repêchage qui mêle le vrai du faux sans jamais prendre parti. Et qui mérite à lui seul le déplacement à Venise.

 

Aymeric Mantoux

 

57ème Biennale de Venise
Du 13 mai au 26 novembre 2017
Giardini Arsenale, Venise
Treasures from the Wreck of the Unbelievable, Damien Hirst
Jusqu’au 13 décembre 2017
Palazzo Grassi, Punta della Dogana, Venise